Percile, 'Va pensiero' Nabucco Roma 2011.mp4 per Percile


va pensiero extrait de Nabucco deVerdi


Riccardo Muti, s'exprime sur la culture en Italie à la fin du choeur des esclaves.
Plutôt qu'un bis, il propose aux spectateurs de chanter avec le choeur.
Un moment exeptionel.

Une version plus confortable pour la vision:
http://www.youtube.com/watch?v=gaXE0v0bJoE

 

 jeudi 31 mars 2011 - par Roosevelt_vs_Keynes

Berlusconi renversé par le choeur des esclaves de Nabucco de Giuseppe Verdi, le 12 mars 2011 à l’Opéra de Rome…

Pour comprendre la portée de cet épisode lyrique dans  la conscience italienne humiliée comme jamais par son actuel gouvernement (comme  la France l'est d'ailleurs chez elle), il faut se souvenir que l'immense succès  du Nabucco en 1842 (peu de temps avant le Printemps des peuples de  1848) évoquait l'épisode biblique de l'esclavage des juifs à Babylone, avec  notamment le fameux choeur de la troisième partie, "Va, pensiero", des hébreux,  auxquels s'identifiait la population italienne de Milan, alors sous l'occupation  autrichienne dans le cadre de la "Sainte-Alliance".

Silvio Berlusconi  renversé par Giuseppe Verdi

Le 12 mars dernier, Silvio Berlusconi a dû faire  face à la réalité. L’Italie fêtait le  150èmeanniversaire de sa création et à cette occasion  fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique  de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo  Muti.

Nabucco de  Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de  l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero »  est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de  la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l'opéra fut  écrit - était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la  création de l’Italie unifiée.

Avant la  représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour  prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du  gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un  ancien ministre de Berlusconi.

Cette  intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour  l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio  Berlusconi en personne assistait à la représentation…

Repris par  le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce  qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une  grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula  très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux  chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que  l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne  pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public  qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va  Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une  véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la  lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma  patrie, si belle et perdue ! ».

Alors que le  Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà :  « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et  « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de  l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques –  certains demandant « Muti, sénateur à vie ».

Bien qu’il  l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à  accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui, un  opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement  jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière.  »,  raconte-t-il.

Mais  le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral,  le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois  au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit :

[Après que  les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus, on entend dans le  public : "Longue vie à l'Italie !"] > > Le chef  d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à  l'Italie" mais... > >  [applaudissements] >  Muti : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais  en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se  passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va  Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je  ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait  "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi,  nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie.  Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et  perdue". > >  [Applaudissements à tout rompre, y compris des  artistes sur scène] > Muti :  Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de  trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce  chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec  un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si  vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous  ensemble.

C’est alors  qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des  groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui  aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »

« Ce  soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une  déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des  politiciens.