Des nuages d'un beau camaïeu de gris s'étirent au-dessus de la Ville fédérale. Le ciel hésite entre la pluie ou la neige. Une forte bise expédie les nuages en voyage d'affaire. Un air de printemps souffle sur la capitale. La neige qui s'accroche au décor ne fait pas oublier que le vieux général hiver tente de reformer ses troupes.
Il est quatre heures. Il est temps de prendre les quatre heures. Ramuz, dans un poème extrait du "Petit village" (1909) décrit les quatre heures de mon enfance:

Les Quatre-Heures

À quatre heures, sous un arbre, on boit le café.
Une petite fille bien sage
l’a apporté dans un panier
avec le pain et le fromage;
il n’est ni trop froid ni trop chaud
il est tout juste comme il faut.

Les hommes et les femmes sont assis en rond,
chacun sa tasse à la main ; ils parlent
du temps qu’il fait, de la moisson
qui va venir, et des ouvrages
qui changent selon les saisons,
mais sont toujours aussi pressants,
si bien qu’on n’a jamais le temps...
Le temps de quoi ?... on se demande.

Un oiseau bouge dans les branches,
les sauterelles craquent dans le foin...
Oui, le temps de quoi ?... Et on se regarde.
Mais, dès qu’on a vidé sa tasse,
dès qu’on a mangé à sa faim :
« Est-ce qu’on y va ?... » Vous voyez bien :
on n’a jamais le temps de rien.

Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947)