C’était dans la Neuengasse, près de la fontaine, aux alentours de quatre heures. Un piano droit, un tabouret, deux chapeaux colorés sur le sol, un pianiste, âgé d’un quart de siècle, ou plus, ou moins, se tenant bien droit sur le siège à trois pieds, jouait une valse. Il regardait tristement les chapeaux, espoirs d’un dîner, qui restaient vides.
Plus tard, un pluie fine s’est mise à tomber. Au-dessus des conversations en dialecte bernois, une voix forte, féminine, a dit à sa fille ou petite-fille, “Quand il pleut et que le soleil brille, il y a un arc-en-ciel quelque part.” 
Les coupoles de Palais fédéral bouchent l’horizon. Les embrouilles politiques empêchent de voir le ciel aux sept couleurs.
Encore plus tard, sur la Place de la gare, un gars, habillé tout en noir, jouait du cor des Alpes. Un cor tout blanc. Un drapeau suisse est suspendu au milieu de ce long instrument façonné en bois, qui fait partie de la famille des cuivres. Un enfant met des pièces dans un petit panier en osier. Pour remercier, le joueur offre une modulation des notes. L’enfant fait un signe de la main. Le son du cor, dans ce milieu urbain, fait resurgir mon passé paysan. C'est la minute de frissons qui s'échinent à parcourir mes souvenirs.
La circulation est dense, c’est l’heure des rentrées. Je saute sur mon vélo et, mêlé à un peloton de passage, je disparaît du côté de Hirschengraben... Une courte descente avant une rude montée...