Un tableau de Hopper est proposé par Le Goût (ICI) comme devoir de la rentrée. Ici, dans la Ville fédérale, la rentrée est bien lointaine. Les écoliers pensent aux vacances d'automne, trois semaines de congé à partir du 23 septembre.

Ce tableau marque la fin de l'été. Un train longe une rivière, un pont en pierre enjambe le lit à sec de ce que fut cette rivière pleine de vie. Le soleil brûlant de l'été a bu le cours d'eau. Un rideau d'arbres cache l'horizon. La journée s'achève et un somptueux coucher de soleil est visible. Une femme jeune, cheveux roux, vêtue de noir, du chapeau aux chaussures, relit le manusctit du roman qu'elle vient d'achever. Parfois elle soulève les feuillets et l'on peut lire le titre, "La Rentrée". Dans ce luxueux compartiment de première classe, la romancière se rend dans la capitale. Son éditeur attend le chef-d'oeuvre. Année après année, le succès est au rendez-vous. Tel un métronome, elle publie un livre à la fin de l'été, depuis 45 ans.
Elle est un peu inquiète. Elle écrit d'un jet. Elle ne possède qu'un manuscrit, aucune copie. Elle a toujours peur d'égarer son bébé.
Un steward dépose une bouteille d'eau sur la tablette près de la fenêtre. Il fait presque nuit. Les lumières des wagons sont allumées. Une plaquette dorée, sur le veston aux plis impeccables du serveur, indique qu'il se prénomme Jeff.
Une chanson de Jeanne Moreau, "Les wagons longs de lit" berce les voyageurs.

A l'automne, un automne déjà hivernal, après un déjeuner chez Drouant, rue Gaillon, dans le deuxième arrondissement de Paris, l'Académie Goncourt décerne un prix. Un prix prestigieux. Devant une nuée de journalistes, un académicien, d'une voix forte annonce aux micros tendus, "Le prix Goncourt 2019 est attribué à Jeff pour son roman "La Rentrée" ...

compartiment_c_voiture_293_Hopper.jpg

Jeanne Moreau - Les wagons longs de lit