La cuisine est faiblement éclairée. Par l'œil de bœuf entrouvert arrivent les rumeurs de la ville, l'odeur des masques chirurgicaux qui gisent dans le caniveau. Après usage, les voyageurs mettent bas les masques. il est aussi possible d'entendre les cris de Paola, la chatte des voisins du dessous, qui défend le jardin.

Le petit poste à galène, posé sur un coin de la table, diffuse le "triple concerto" de Beethoven. Le concert a été gravé sur des disques de cire lors d'une exécution au festival de Salzburg en 2009. Martha est au piano, les frères Capucon au violon et violoncelle, Gustavo Dudamel à la baguette et le "Simon Bolivar Youth Orchestra of Venezuela" restitue les notes écrites par Beethoven.

Dehors, la lune est belle, sa rondeur est presque atteinte. Sur la gazinière, la cafetière italienne fume tandis que le petit poste à galène diffuse le largo. Les araignées qui tissent des toiles numériques dans les coins de la cuisine sont bercées par ce mouvement lent.