A l’Adriano’s Bar la musique classique enveloppe les consommateurs, plus rares en ce dimanche Pascal. Le temps est gris et frisquet, il floconne sur la Ville fédérale. La Sonntagszeitung propose aux lecteurs un dossier sur le naufrage du Titanic. Le paquebot mythique fait recette. Sur les ondes de France Inter, le speaker annonçait tout à l’heure qu’une croisière commémorative, naufrage en moins, suivrait la route du Titanic !
A l’Adriano’s Bar, en passant d’une table à l’autre, on capte des conversations, en italien, en français, en bärndütsch, Dans le Samedi culturel du Temps, une page est consacrée aux deux premiers volumes des œuvres complètes de Charles-Albert Cingria (Editions de l’Âge d’Homme). Cingria est né le 10 février 1883 à Genève et est mort le 1er août 1954 à Genève.
Cingria vu par Max Jacob en 1926 :
« Cingria est un petit gros musicien au vaste front chauve qui n’avoue pas quarante ans. Il habite un coin pauvre dans une maison de la rue Bonaparte 59. Il improvise avec verve qui lui contracte les yeux (bleus les yeux) dans une figure grosse et pointue en bas. Il est sale d’aspect bien que très lavé. Il ne sait pas s’il est Turc ou Suisse mais il est de très grande famille. »*
Une cuiller tombe sur le sol, la machine à café ronronne, la pendule marque midi moins deux. Un tram 8 passe à petite vitesse, Saali est son terminus.
*Samedi culturel du Temps du 7 avril 2012

Décor de Pâques à la maison de Lignières

Il pleut sur Ostermundigen. Une pluie tenace qui, comme un refrain, a résonné tout au long de la journée. Tout à l’heure, peu avant la mi-après-midi dans la Ville fédérale les consommateurs se pressaient à l’Adriano’s bar. En buvant des cafés ou quelques boissons alcoolisées, les clients parcouraient la presse du jour. Le naufrage d’un paquebot s’étalait à la une de plusieurs quotidiens. Un naufrage vieux de 100 ans qui hante toujours les esprits. Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le Titanic se noie dans les eaux glacées de l’Atlantique Nord avec à son bord Di Caprio !!!

Il pleut sur la campagne perdue au milieu de la ville, enserrée entre la Maison des delphiniums et l'arrêt du tram 9. La pluie fine et persistante n'incite pas le chat jaune à une partie de chasse. A l'Adriano's bar c'est la foule. Les poussettes envahissent l'espace entre les tables. Les bébé gazouillent tandis que les parents lisent la presse dominicale. Le supplément littéraire du journal Le Temps est consacré à Jean-Jacques Rousseau.
Il pleut, gouttes d'eau glacées qui s'écrasent sur des parapluies multicolores. Les coccinelles n'ont pas quitté la Maison des delphiniums. Elles bouclent leur malle. Elles ont décidé de s'exiler à Venise. La maison est vendue, elles s'en vont. Le maître des lieux lui empile les cartons. Il emballe livres, documents, habits.
Il pleut sur la campagne.
Rousseau, promeneur solitaire, chemine sur les sentiers détrempés en rêvant. A la T.S.F. on joue Mozart.
Adriano's bar, la buée sur les vitres permet de faire de petits dessins sur le carreau. Le thermomètre extérieur, marque 19,4 degrés fahrenheit. Les passants sont emmitouflés, chapeautés et gantés. La température va chuter encore ce soir. Le courant d’air froid qui voyage depuis la Russie se glisse sous les nuages et forme du givre qui tombe en fine poussière glacée sur la ville verte*
Berne, Adriano’s bar
Midi moins le quart
Le 2 février 2012
C’est la Chandeleur jour des crêpes. A la Chandeleur, l’hiver se meurt ou reprend vigueur.
*Berne
Midi, à l'Adrianos la machine à café est sous pression. Les clients avalent des doppi accompagnés de croissants ou de sandwiches. Les quotidiens valsent d’une table à l’autre distillant une actualité morose. Dans les pages culturelles, Léonard Cohen et Juliette Gréco ont des articles pour la sortie de leur galette respective.
« Suzanne takes you down to her place near the river »
Treize heures trente, la Ville des ambassadeurs fait la sieste sous un édredon nuageux. Les 47e journées de Soleure s’achevaient hier. Le soleil tente une percée, les nuages résistent. Le Jura, au loin est blanc.
Dix-sept heures, retour à Berne. La piscine de Wyler est agitée par les baigneurs. Près du plongeoir, une serviette de bain, une serviette de bain verte avec des coccinelles imprimées sur le tissus, oubliée il y a quelques jours retrouve son propriétaire. Les bêtes à Bon Dieu qui batifolaient sur le plongeoir ont repris place instantanément sur la serviette de bain verte.
Dix-neuf heures, les coccinelles sont de retour dans la Maison des delphiniums. Il neige…
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Judy Collins & Leonard Cohen - "Suzanne"
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Au sujet des journées de Soleure:
Les journées de Soleure ont célébré hier leur cérémonie de clôture. L’heure est donc venue de faire un petit retour sur ce qu’a présenté cette riche édition 2012.
Palmarès
Cœur battant du festival, la section « Panorama Suisse » a présenté un choix de films de tous genres et de toutes durées qui amenèrent à Soleure plus de 55'000 spectateurs (un record). Certains d’entre eux étaient en compétition pour le « Prix de Soleure » car ils se distinguaient par un thème « traitant de l’homme et de questions touchant à la vie en société ». Sous ce slogan (des plus vagues), ce sont donc huit films (documentaires et fictions) relativement engagés qui ont concouru à un prix qu’a remporté, logiquement, le poignant « Vol spécial » de Fernand Melgar (dont vous trouverez notre critique ici) . Le « Prix du Public », quant à lui, est revenu au merveilleux « Die Wiesenberger », portait émouvant d’un groupe de montagnards suisses-allemands qui, entre tradition et show-business, essaient de conserver l’authenticité de leur yodel.
La rédaction de cinéma.ch, elle, aura aussi remarqué – entre autres – un documentaire au regard extrêmement intelligent et sans pathos sur l’intégration de Tziganes dans une petite ville de Roumanie : « Scoala Noastra » de Miruna Coca Cozma et Mona Nicoara ; le fort sombre portrait dressé de la société campagnarde suisse dans « Verdingbub » de Markus Imboden ; et « Giochi d’estate » de Rolando Colla, sur lequel nous parions pour le quartz 2012 du meilleur film suisse !
Cinéma ?
Le cycle « Au-delà du cinéma » mettait lui à l’affiche dix films qui questionnent les frontières du cinéma classique. Quelles sont les nouvelles formes de réalisation que permettent les technologies actuellement disponibles ? A l’ère du « Do It Yourself », il était temps de donner une vraie place à ce type de productions souvent hybrides et profondément originales qui ont constitués certains des plus beaux moments de la semaine (ainsi « People I Could Have Been and Maybe Am », de Boris Gerrets).
Autour des films
Mais au-delà de la projection de films, il est important de noter que les Journées de Soleure sont aussi un rendez-vous incontournable pour la profession. Ainsi, toute une série de discussions ouvertes au public ont eu lieu lors de ces journées 2012. Par exemple, une réflexion sur « comment lire un scénario » en la présence de la réalisatrice Anna Luif qui présentait à cette occasion son propre travail d’écriture ; ou un débat sur les frontières entre fiction et documentaire animé, entre autres, par Jean Perret (responsable du Département cinéma à la HEAD-Genève) et François Bovier (professeur à l’université de Lausanne).
Tout un programme passionnant qui aura permis au nombreux public de circuler librement entre films les plus divers et les conférences, afin de se faire une image nouvelle d’un cinéma suisse en pleine ébullition !
Seul regret : de nombreuses œuvres en allemand ou en suisse allemand n’étaient pas sous-titrées, ce qui n’est pas particulièrement encourageant quant à la communication entre cinéastes et cinéphiles dans notre pays…
Je hais les dimanches hurle Piaf dans un micro.
Dimanche morne rempli de grisaille. Le froid pique un peu. Les trams se traînent dans la capitale, sans états d'âme. Les rues sont désertes ou presque. À l'Adriano's les lecteurs de journaux sont nombreux. Tout en scrutant le monde imprimé sur du papier recyclé, ils dégustent des doppio malabar. L'horloge du Zytglogge égrène les onze coups de la matinée dominicale finissante. Un tram bleu portant le No6 passe devant le bar...
Je hais les dimanches reprend Gréco sur un vinyle.
Dans la NZZ am Sonntag, un article annonce la mort de Léopold Hawelka, à Vienne, à l'âge de 100 ans. Le café Hawelka près du Graben est connu dans le monde entier.
Vienne...
À l'Adrianos une sonate de Mozart jouée sur pianoforte meuble le silence. Le serveur désœuvré feuillette un magazine. C'est la côte de janvier ( expression espagnole)!!!
Je hais les dimanches...
Le haut parleur placé au-dessus de la machine à café diffuse un rock acide. Les consommateurs de l'Adriano's bavardent par petits groupes. Une dame, vêtue de cuir tourne les pages de la Sonntagzeitung. Parfois elle s'arrête et lit un article. Le tram No6 à repris du service à travers la vieille ville. Les bogies qui hurlaient dans les courbes ont été remplacés par des roues silencieuses. Petit à petit les clients quittent le bar. La musique rock de plus en plus acide trouble l'espresso, servi au bar, de menues vaguelettes. Avachi sur la banquette un homme chaudement habillé achète des musiques virtuelles, de vieux morceaux de rock grésillant.
Il se fait tard...
Adriano's 10 heures, c'est la presse dans le café. Les tables sont encombrées de tasses, de viennoiseries, de sandwich. Les papotages couvrent la musique, le concerto No 21 de Mozart. Derrière le bar c'est le chaos organisé.
A deux il faut servir les fous de café et satisfaire les affamés, remplir et vider le lave-vaisselle, encaisser les consommations et répondre au téléphone.
Dans cette agitation matinale un homme vêtu d'une combinaison couleur café, avec minutie rend une jeunesse au torréfacteur.
La bise virevolte devant le Zytglogge. Les trams et les bus s'entrecroisent, Les pantographes, avec habileté, évitent de s'égarer dans la salade de câbles. A Berne, les rendez-vous se donnent à la "Kabelsalat", au pied de la Tour de l'Horloge, ou devant le magasin Loeb. En face de la vénérable horloge, se blottit sous les arcades l'Adriano's, où en ce début de soirée automnale, quelques consommateurs languissent devant un Sekt ou une bière. Les deux ventilateurs fichés au plafond tournent mollement. A chaque entrée ou sortie, un bol d'air frais s'engouffre dans le bar. Quelques feuilles mortes poussées par les courants se glissent au pied des clients et boivent des capuccinos avec des chalumeaux géants.
Automne, un pâle soleil se glisse entre les nuages pluvieux qui ne se pressent pas de passer.
Dimanche matin, l'Adriano's déborde de consommateurs, la terrasse est désertée.
A l'intérieur, les amateurs de café sont comme harengs en caque. L'automne et sa fraîcheur rendent méfiant les fervents de terrasse. Seul les amateurs de nicotine envahissent les bancs balayés par un ventelet frais.