21 décembre 2021

Les mois d'hiver - Franciscae meae laudes - Nuit 18/18 supplément X, Doit-on payer un supplément pour les bagages à main ?

Tuba, palmes, masque, me voici prêt pour une plongée dans les abysses de « Charles Baudelaire - La passion des images - œuvres choisies » paru aux Éditions Quarto Gallimard. Un volume composé de 1824 pages, la photographie de l'ouvrage (ICI) 
Lors d’un road movie sur les routes de France, dans une région océanique où les nuages filent tout droit en rasant la terre ou presque, les haut-parleurs coincés dans les portières d'une berline noire diffusaient en boucle une chanson de Juliette. C’était la leçon de latin matinale, « Franciscae meae laudes », écoutée sur des centaines de kilomètres avalés à des vitesses frôlant le vertige des radars à l’affût d'un excès de vitesse pour subsister jusqu’à la saison nouvelle. 
A  Étretat, nous avons garé la berline dans une file sans fin de voitures remplie de touristes. Nous avons pris un bain de mer, nous avons arpenté les falaises et en humant le grand large nous avons eu une pensée pour Gustave.
Soudain, le spleen a envahi nos pensées. Le reste du voyage fut peut-être sous la lune ou dans une nuit d'encre.
J'ai trouvé "Novis te cantabo chordis" à la page 1137. Sur un petit poste à galène j'ai écouté Juliette.

"Franciscae meae laudes"

Charles Baudelaire

Novis te cantabo chordis,
O novelletum quod ludis
In solitudine cordis.

Esto sertis implicata,
O femina delicata,
Per quam solvuntur peccata!

Sicut beneficum Lethe,
Hauriam oscula de te,
Quae imbuta es magnete.

Quum vitiorum tempestas
Turbabat omnes semitas,
Apparuisti, Deitas,

Velut stella salutaris
In naufragiis amaris …
Suspendam cor tuis aris!

Piscina plena virtutis,
Fons æternæ juventutis,
Labris vocem redde mutis!

Quod erat spurcum, cremasti;
Quod rudius, exaequasti;
Quod debile, confirmasti.

In fame mea taberna,
In nocte mea lucerna,
Recte me semper guberna.

Adde nunc vires viribus,
Dulce balneum suavibus
Unguentatum odoribus!

Meos circa lumbos mica,
O castitatis lorica,
Aqua tincta seraphica;

Patera gemmis corusca,
Panis salsus, mollis esca,
Divinum vinum, Francisca !

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19 décembre 2021

Les mois d'hiver - 4e dimanche de l'Avent - Nuit 18/18 supplément VIII ...

... le supplément de salaire pour travail supplémentaire, travail de nuit et travail du dimanche se calcule d’après le salaire horaire sans l’allocation de résidence, l’allocation de ménage ni les allocations pour enfants. 

 

Photographies, le petit village dans les montagnes ce dimanche aux alentours de 16h et mon coup de folie de hier en passant dans une librairie à Fribourg.

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Posté par jeanjacques1957 à 22:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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28 octobre 2020

Un automne masqué - Nuit 3/6 - ...

La Beauté

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

        Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Posté par jeanjacques1957 à 22:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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26 mars 2017

Récital

                                                Récital

Notre prof de français, madame S., avait réunis quelques élèves de plusieurs classes pour monter une soirée de poésie, théâtre et musique. Le récital a eu lieu il y a 46 ans à l'aula du collège des Forges à La Chaux-de-Fonds. C'était un vendredi.
J'avais un trac fou. Je passais 2 fois sur scène, en début de spectacle pour dire un poème et vers le milieu pour jouer, avec un camarade, une histoire mimée. J'ai encore en mémoire les indications de mise en scène que m'avait donné la prof pour dire "Anachronique" de Guy Béart. Je connais toujours le texte par coeur.
Quelques mois avant notre récital, toutes les classes des écoles secondaires de la ville avaient vu un spectacle des Colombaioni, ce duo de clowns virtuose de la comedia dell'arte. Avec un camarade, nous avions repris un de leur mime.
Nous avons joué devant un parterre de parents, frères et soeurs, familles et amis.
Il reste de cette soirée quelques souvenirs enfouis dans les strates de ma mémoire et une feuille sur laquelle est imprimé le programme. Imprimé sur un duplicateur à alcool, le texte est encore bien lisible...


Note: J'ai caviardé le nom de famille des participants.


Le chat
Charles Baudelaire

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;

Retiens les griffes de ta patte,

Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,

Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir

Ta tête et ton dos élastique,

Et que ma main s’enivre du plaisir

De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,

Comme le tien, aimable bête

Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,

Un air subtil, un dangereux parfum

Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

 

Guy, Tirolien, Prière d'un petit enfant nègre


Guy Béart
Anachroniques

Anachroniques
Les saltimbanques
Sont là
Salut
Salut nomades
Voici le monde
Qui vient
A vous

Ouvrez la tente
Qui tenait toute
En u-
-ne main
Écoute écoute
Ça ne te coûte
Que ça
Qu'un sou

Sur son bicycle
D'un autre siècle
Rivé
Rêvant
L'homme titube
Chavire et tombe
On rit
Hourra

Un âne maigre
Sur scène émigre
Clopin
Flapi
On dit qu'il compte
Jusqu'à cinquante
C'est beau
Sabot

Sur son trapèze
Le temps repose
Son pas
Si peu
La corde casse
Clouons la caisse
L'ami
Est mort

Roulez roulotte
Ma voix sanglote
Pour qui ?
Pour quoi ?
Poussière ou neige
Dans un nuage
Tout va
Tout vient.

LES CONFITURES

Le jour que nous reçûmes la visite de l'économiste, nous

faisions justement nos confitures de cassis, de groseille et de

framboise.

L'économiste, aussitôt, commença de m'expliquer avec toutes

sortes de mots, de chiffres et de formules, que nous avions le

plus grand tort de faire nos confitures nous-mêmes, que

c'était une coutume du moyen âge, que, vu le prix du sucre,

du feu, des pots et surtout de notre temps, nous avions tout

avantage à manger les bonnes conserves qui nous viennent

des usines, que la question semblait tranchée, que, bientôt,

personne au monde ne commettrait plus jamais pareille faute

économique.

-Attendez, monsieur! m'écriai-je. Le marchand me vendra-t-il ce

que je tiens pour le meilleur et le principal ?

-Quoi donc? Fit l'économiste.

-Mais l'odeur, monsieur, l'odeur! Respirez : la maison toute

entière est embaumée. Comme le monde serait triste sans l'odeur

des confitures!

L'économiste, à ces mots, ouvrit des yeux d'herbivore. Je

commençais de m'enflammer.

- Ici, monsieur, lui dis-je, nous faisons nos confitures uniquement

pour le parfum. Le reste n'a pas d'importance. Quand les

confitures sont faites, eh bien! Monsieur, nous les jetons.

J'ai dit cela dans un grand mouvement lyrique et pour éblouir

le savant. Ce n'est pas tout à fait vrai. Nous mangeons nos

confitures, en souvenir de leur parfum.

GEORGES DUHAMEL, Fables de mon Jardin

(7ème édition, Mercure de France, Paris, 1936)

 

Posté par jeanjacques1957 à 22:15 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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