19 septembre 2022

Il automne - Intox

137e devoir de Lakevio du Goût
La consigne :

 

Ce monsieur, peint par Jackie Knott semble…
Semble quoi ?
Il est d’un sérieux papal, soit.
Mais encore ?
J’espère qu’on en saura plus lundi, grâce à nos efforts communs pour lire sa pensée.

 

 

 

Fausse nouvelle

Deux allées en terre battue séparées par une plate-bande semée d’un gazon peu entretenu, une herbe folle partie à l’assaut d’une gouttière en cuivre, quelques plantes vertes dans des bacs en chêne des pierriers composent le décor d’un jardinet à l’esprit zen. Entouré de hauts bâtiments, un silence monacal s’échappe de cette oasis propice à l’introspection de l’âme. Un olivier crevotant et trois bancs complètent la scène. Les planches de ces bancs, couleur caca dauphin, sont fixées à des armatures en fer forgé terminées par des gueules de dragon.
Dans ce Gethsēmani d’un autre siècle, un oiseau picore la terre, méticuleusement, en quête d’une graine ou d’un ver. Curieux, comme tous les volatiles, son œil fixe une masse sombre sur un des bancs.
Si nous nous approchons de cette masse sombre, que l’oiseau tente de distinguer, nous verrons une silhouette humaine ; un homme assis sur un des bouts du banc du milieu. Jambes croisées, les mains occupées à tenir une liasse de feuillets, totalement immobile, il semble de marbre. Il pourrait avoir sa place dans le célèbre musée de cire de la ville.
Pantalon gris, chaussettes et chaussures noires, haut du corps enveloppé d’un imperméable gris-noir, il fixe ostensiblement ses feuillets. Une paire de lunettes montées sur deux cercles de fer forgé fixés à une paire de branches en chêne rouvre complète le portrait. Un chapeau mou, noir, cerclé d’un ruban de même couleur, rabattu sur les yeux, cache en partie le crâne rasé du lecteur statufié.
L’oiseau s’envole tenant dans son bec une branchette arrachée à l’olivier agonisant. Son plumage d’un blanc immaculé contraste avec la noirceur de l’homme assis sur le banc. La colombe regagne son colombier urbain. Le visage de l’homme n’a pas cillé. 
Huit jours se sont écoulés depuis la lune des moissons et ces menus événements qui troublent la quiétude de ce jardinet.

Un léger déplacement d’air, provoqué par les pas rapides d’un inconnu qui se dirige vers la masse sombre, agite le feuillage rachitique de l’olivier. Il se penche et ses lèvres murmurent quelques mots à l’homme en noir. En relevant son buste, l’inconnu identifie sur la liasse de feuillets tenue fermement par ce qui semble être une personne déterminée, au visage dur et fermé, une graisse « Helvetica Neue 95 Black ». Ces caractères gras lui permettent de lire l’entête de la page : « Feuille de route ».
Sans montrer le moindre signe d’une émotion, le lecteur plie les feuillets en deux et les glissent dans une des poches de son imperméable. Il se lève et suit l’inconnu. 

Un couloir obscur, une porte en chêne sessile sur laquelle est fixé un chiffre royal en fer forgé, l’homme en noir a retiré son chapeau en pénétrant sur une galerie en pierre. Cette galerie à trois mètres du sol située sur un des côtes d’une salle immense permet d’assister à un rituel qui marque la fin d’une époque.
L’homme en noir s’incline trois fois. Au milieu de cette salle, un cercueil en chêne d’Angleterre, drapé de l’étendard royal, repose sur un catafalque tendu de pourpre, entouré de chandeliers. La couronne d'État impériale posée sur un coussin violacé, le sceptre à la croix et l’orbe, ces regalia sont disposés sur le cercueil. Une couronne de fleurs blanches, mêlé de feuillage vert complète cette symbolique. Jour et nuit, des milliers de personnes défilent devant le catafalque pour rendre un dernier hommage à leur souveraine.

L’homme en noir disparaît dans une voiture grise. Assis à l’arrière de la berline sur un siège en cuir, il descend une tablette en chêne à trochets fixée au siège avant par un ingénieux système en fer forgé. Il y dépose la liasse de feuillets qu’il a retiré de sa poche.

Un oiseau, picore sur le tarmac d’un aéroport international, au pied d’un aéronef. Curieux, comme tous les volatiles, son œil fixe une masse sombre qui entre dans l’avion. Dans quelques minutes, cet avion, dans un bruit d’enfer, s’arrachera de la piste. Vladimir Vladimirovitch regagne les bords de la Moskova.

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12 septembre 2022

Il automne - Horacio Quinoga, auteur que je n'ai jamais lu, j'en très envie de lire « Contes d'amour, de folie et de mort » !

136ème devoir de Lakevio du Goût

Jo,_la_belle_Irlandaise.jpg

« La consigne du Goût (ICI) »
Cette toile de Gustave Courbet dite C Jo la belle Irlandaise » me dit quelque chose.
Pas seulement parce que « Jo, la belle Irlandaise » a permis à Gustave Courbet quelques privautés.
Mais vous, qu’en avez-vous à dire ?
J’aimerais que cette note commençât par « À quoi Bon ? Enfin… Vous ne supposez pas que ce n’était pas en apparence ? »
Aussi qu’elle finît par « J’ai bien été le premier à vérifier l’exactitude de la chose, quand j’étais votre amour… en apparence. »
J’espère que vous aurez une histoire à raconter à partir de ces deux phrases tirées des « Contes d'amour, de folie et de mort » d’Horacio Quinoga.
À lundi…


La belle irlandaise

« À quoi Bon ? Enfin… Vous ne supposez pas que ce n’était pas en apparence ? » Son murmure était inaudible. 
Assise devant une table qui lui sert de coiffeuse, elle parle à voix basse, en remuant à peine les lèvres. Elle regarde son reflet dans un petit miroir, qu’elle agite comme un éventail. Sa main libre triture ses cheveux. Le peu de clémence du climat a terni son abondante chevelure jadis belle et soyeuse, elle n’a pas vingt-cinq ans. Elle passe ses journées dans sa chambre, au premier étage d’une maison construite sur pilotis. Toutes les maisons du hameau sont surélevées pour échapper aux mygales et serpents qui infestent cet endroit, et, aussi, pour être à l’abri des inondations quand le fleuve déborde. Fleuve qui roule des eaux boueuses à plusieurs kilomètres de là. Des pluies diluviennes le gonfle parfois, il s’étire alors au-delà des maisons de ce bourg égaré au cœur de la jungle. La chaleur humide est accablante. Tout est moite. Le hameau ne reçoit pas de soleil. La canopée, où bruit une vie cachée, ressemble à un amas de nuages immobiles à jamais.
Assise devant sa coiffeuse, murmurant dans le vide, cette jeune femme à la crinière de lion, sort peu de sa chambre. Les habitant du bourg en parlant d’elle, disent « la folle », certains, les plus vieux, l’appellent, « la belle irlandaise ». Son grand-père, un Irlandais épris de vie sauvage, s’était installé dans ce hameau, alors prospère, au mitant du siècle passé. Le prénom de la jeune femme, oublié par les gens est parfois prononcé par son père. Le seul témoignage de sa mère se lit sur une stèle clouée au pied d’un arbre. La mousse efface peu à peu le souvenir de cette mère morte depuis longtemps. Égarée dans le dédale inextricable de la jungle les appels au secours, furent vains. On retrouva le corps de la mère à moitié dévoré par des fourmis.
Agitant son miroir, elle a quitté sa chambre en entendant une galopade. Son prince arrivait. Au bas de l’escalier, elle ne prit pas garde, pressée, elle n’avait pas chaussé de bottes, elle était en chemise de nuit. La galopade était une chimère, la vipère ne l’était pas. Elle sentit à peine la morsure au bas de sa jambe, deux marques d’où s’échappaient un filet de sang. Elle remonta dans sa chambre. Une douleur vive atteignit son mollet. Son père absent, personne pour faire un garrot au-dessus de la blessure. Elle remua des lèvres de plus belle. Des gouttes de sueur perlaient sur son visage. La douleur paralysait sa jambe. La porte de sa chambre s’ouvrit enfin. Elle se retourna, se leva et étreignit son prince, qui se tenait debout sur le pas de la porte. Ses bras saisir le vide, la maison était déserte, et elle s’affaissa sur le sol. Elle crut entendre son bien aimé lui murmurer une phrase mystérieuse « J’ai bien été le premier à vérifier l’exactitude de la chose, quand j’étais votre amour… 
en apparence. »

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08 août 2022

L'été de tous les dangers - 134e devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Goût_134.jpg

134ème devoir de Lakevio du Goût

Encore une histoire de porte.
Celles qui donnent sur de nouveaux mondes.
Celles qui donnent sur des mondes anciens.
Ce qui serait chouette, c’est que vous réussissiez à y mettre les mots.
- Attirer.
- Affoler.
- Effrayer.
- Fermer.
- Ouvrir.
- Trouver.
- Aimer.
- Perdre.
- Mourir.
- Noyer.

Peu importe le temps, le mode, où que ces verbes soient usés de façon pronominale ou non.
À lundi j’espère…

Note
Merci M. Le Goût d’avoir choisi pour ce 134e devoir une toile torride, qui frise, pour ceux qui ne fréquentent pas les alcôves secrètes du musée d’Orsay, l’indécence.

Préambule
Le dernier devoir de l’année, en début juillet, a remonté ma moyenne de plusieurs points. Julie m’a accordé un 19/20. Je passe dans la classe des grands à la rentrée.

 

L’ORIGINE DU MONDE

La pièce est silencieuse, baignée d’un rayon de soleil qui se fraye un passage par la fenêtre. Une fenêtre qui donne sur une cour. Une cour sombre, au milieu de laquelle est planté un buddleia de David (Buddleja davidii) aussi appelé buddleia du père David. Il végète au fond de ce puit de six étages. Le soleil lèche son feuillage lorsqu’il atteint le zénith de sa trajectoire estivale. Personne ne remarque cet instant magique. Les habitants qui ont vue sur cour sont allongés sur des serviettes de bain au bord de plages lacustres dans la fournaise de l’été. Cet arbuste originaire de Chine est juste bon à attirer les papillons.
Des planches polies par le temps et le passage répété de chaussures, des planches tout en longueur, des planches fixées côte à côte, constituent le plancher de la pièce. L’essence choisie est le chêne. Le rare curieux qui effleurerait ce plancher pour affoler ses sens esthétiques pourrait perdre le nord. Ce plancher pourrait effrayer les effraies puisque ce n’est qu’un vulgaire sol en vinyle, il faut noyer le poisson.
Un valet de trèfle, déguisé en valet de chambre passe ses journées du lundi à fermer la porte de la pièce. Une porte mystérieusement toujours ouverte. En face de la porte ouverte, séparée par un couloir, un couloir constitué de planches de chêne imitant le vinyle, une porte fermée atténue le dialogue courtois dit par un comte et une marquise. On remarque aussi des blanchisseuses qui entrent et sortent dans cette pièce-là. Une pièce que l’on pourrait résumer par un proverbe : « Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée ». 
Le valet de trèfle, déguisé en valet de chambre passe son temps libre à ouvrir les volets de son imagination pour trouver la clef de sol, une clef qui, introduite dans le poste à galène posé sur la table à côté de la porte, permet d’écouter en boucle « aimer à en perdre la raison ».

Sur le montant de la porte ouverte, un interrupteur en porcelaine est fixé par deux vis rouillées par le temps. Le visiteur qui quitte la pièce, avant d’éteindre la lumière, aura le temps de mourir d’aimer en regardant une reproduction de « L’origine du monde », peinte par Courbet, placée bien en vue sur le bord de la table.

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04 juillet 2022

L'été de tous les dangers - Devoir de Lakevio No 130 - Incipit

 

Incipit

« Comme il faisait une chaleur de trente-trois degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert. »
Me voilà à Paris. Le voyage en incipit n’est connu que des rêveurs et de quelques excentriques anglais, les rois du voyage depuis le Grand Tour jusqu’à nos jours. Voyager en incipit nous épargne les attentes interminables dans des aéroports bondés, paralysés par une pénurie de personnel et des grèves surprises ; l’incipit économise nos nerfs en évitant de voyager dans des voitures de chemin de fer remplies de touristes, de wagons à la climatisation absente alors qu’il fait une chaleur de trente-trois degrés sur le boulevard Bourdon.
Je n’ai pas revu la Ville lumière depuis 2017, c’était bien avant le port du masque dans les transports publics. Mimi mourait dans l’espace intersidéral dans ce luxueux paquebot de la Bastille, les chinois confondaient course à pied et visite, dans les salles du musée Picasso où se tenait une exposition thématique du peintre considéré comme l'un des fondateurs du cubisme, « 1932, année érotique », un foule immense, massée sur les Champs Élysées rendait un dernier hommage à Johnny comme ce lundi 1er juin 1885 lorsque le catafalque de Victor Hugo se fraya un chemin dans une foule de près de trois millions de personnes.
- Vous avez fait un bon voyage ?
- Un voyage rapide et confortable.
- Vous êtes venu comment ?
- En Flaubert !
- Le retour aussi ?
-Non, le retour se fera en Conan Doyle, les chutes du Reichenbach se trouvent à 43 kilomètres du petit village dans les montagnes.
« Élémentaire » fut la dernière parole que prononça l’Inconnu du Nord-Express avant de tourner les talons et de me laisser en plan au coin d’une rue. Un imposant parapluie bulgare ruisselant de pluie m’encombre. Il pleuvait quand je suis parti, à l’aube. Le Lombach rugissait au fond de la vallée, les eaux gonflées par les pluies. Un orage violent avait ponctué la nuit. Le seul inconvénient du voyage en incipit, c’est qu’il est impossible de dire quel temps il fait à Paris ce lundi matin 4 juillet 2022 à 08h29. L’esprit est à Paname mais la carcasse se traîne dans la cuisine pour tenter de confectionner un déjeuner (petit-déjeuner dans la capitale française). Il a cessé de pleuvoir. Des nuages passent aux flans des crêtes rocheuses. Un coq chante depuis un bon quart d’heure.
- Vous faites quoi à Paris ?
- J’ai un rendez-vous, un devoir à rendre, et quelques ratons laveurs à adopter.
- C’est où votre rendez-vous ?
Debout devant le zinc d’un bar tabac je converse avec « un grand plombier zingueur habillé en dimanche et pourtant c’est lundi. » Le gars m’abandonne en disparaissant dans le soleil. Le patron du bar ne croit pas une seconde que trois paysans viendront régler les consommations.
La cafetière italienne est sous pression et l’odeur du café se répand dans la cuisine ouverte sur le salon salle à manger et fini par réveiller mon fourmilier apprivoisé. C’est un descendant du fourmilier géant que Dali promenait dans les rues de Paris à la fin des années 1960. Les nuages s’évaporent peu à peu et de timides rayons de soleil réchauffent le petit village dans les montagnes.
Pour me déplacer dans Paris j’ai un plan envoyé par bélinographe. C’est le Goût qui depuis quelques années propose le devoir du lundi, avant c’était Lakevio. Mon premier devoir date du 6 mars 2016.
Je suis en perdition dans Paris avec un bélinogramme et des instructions concoctées par le Goût.

« Devoir de Lakevio No 130
C’est le dernier devoir de l’année.
Alors je me fais plaisir.
J’abandonne Montmartre pour les quais de la Seine.
Cette toile de John Salminen me plaît.
C’est une raison suffisante pour que je vous demande ce que vous pensez en voyant cette « boîte » de bouquiniste.
À moi elle évoque comme dit Françoise Hardy « Tant de belles choses ».
Et à vous ?
Peut-être ne serez-vous pas encore partis en vacances lundi. »

Je dois trouver une boîte de bouquiniste, peinte en automne, alors qu’il fait une chaleur de trente-trois degrés, sur le boulevard Bourdon. Dans mon souvenir, il n’y avait pas d’arbres entre les bouquinistes et la Seine, cette Seine chantée sur les scènes du monde entier par Piaf, Montand, Aznavour, Patachou, Trenet, Mireille Mathieu.
J’ai envoyé un pneumatique à Heure-Bleue pour obtenir quelques éclaircissements. En attendant une réponse à mon pneu, je fouille mes cartons de livres. Mes livres dispersés aux quatre points cardinaux sont enfin réunis dans ma cave. Il me reste à commander des bibliothèques à une entreprise suédoise de prêt à monter et de passer des journées entières à déchiffrer le mode d’emploi traduit de l’idiome d’August Strindberg en 23 langues par une intelligence artificielle. A l’évocation de Strindberg, je pense à « Mademoiselle Julie », que j’ai vu à la Comédie de Genève en novembre 1988. Une mise en scène de Matthias Langhoff qui a fait date. Une pièce que j’ai revue au théâtre de l’Athénée à Paris en janvier 1989 dans la même distribution. Cette production de la Comédie de Genève a triomphé sur toutes les scènes d’Europe. Au tréfond d’un carton, je trouve le livre que je cherchais, le seul que j’ai acheté dans une « boîte » de bouquiniste. C’est « Creezy » un roman de Félicien Marceau, prix Goncourt 1969. Cette histoire a été adaptée au cinéma sous le titre « La race des seigneurs ». Réalisé par Pierre Granier-Deferre le film est sorti le 10 avril 1974, une semaine après la mort de Georges Pompidou.
Heure Bleue ne répond pas. Elle est occupée à rédiger son devoir du lundi.
Françoise Hardy me donnera peut-être un indice. J’enclenche mon vieux lecteur à K7 et j’écoute « Tant de belles choses ».
J’ai glissé les pages manuscrites de mon devoir du lundi dans une grande enveloppe. J’ai jeté cette enveloppe dans la boîte aux lettres qui est adossée à l’agence postale, qui est aussi un tea-room, une boulangerie et un magasin de dépannage. A 18h15, le chauffeur du car postal videra la boîte et le lettre commencera un voyage qui la mènera dans différents centres de tri automatique. Elle arrivera du côté de Montmartre à 5h, quand Paris s’éveillera…
C’est le dernier devoir de la saison.
« La cloche a sonné, l’école est finie.
Donne-moi ta main et prends la mienne… »

06 juin 2022

L'été de tous les dangers - Les mystères de la nuit

126ème Devoir de Lakevio du Goût
Heartbreak Hotel.jpg

 Cette toile de Vettriano me fait irrésistiblement penser à Baudelaire.
Je verrais bien un devoir qui commence par :
« Je logeais dans la maison du principal, et j'avais obtenu, dès mon arrivée, la faveur d'une chambre particulière »

Et qui finirait par :
« Néanmoins un moment de réflexion me décida à attendre la fin de l'aventure. »
Ça, ce serait chouette…

Ce devoir est proposé par Le Goût (ICI)

 


« Je logeais dans la maison du principal, et j'avais obtenu, dès mon arrivée, la faveur d'une chambre particulière »
Vers minuit un orage avait salué l’arrivée de l’été météorologique. La pluie parfois diluvienne avait cessé. Les horloges indiquaient deux heures. Un chat rasait les murs et de rares taxis chassaient l’eau du tarmacadam. Quelques fenêtres allumées, des rats dans une ruelle, un ivrogne trempé animaient cette nuit d’été naissant. La journée avait été chaude, la nuit moite, l’orage avait rafraîchi l’atmosphère.
Une fenêtre à guillotine était ouverte, le rideau de toile verdâtre n’avait pas été tiré. On pouvait voir à l’intérieur d’une chambre d’hôtel. Le mobilier était sobre. Une penderie, une lampe de chevet allumée diffusant une faible lumière, un lavabo à côté de la porte et un lit en bois massif composaient un décor désuet.
La tête reposant sur deux oreillers, un homme était allongé sur le lit. Vêtu d’un pantalon noir, d’un gilet bordeaux et d’une chemise d’un blanc différent de la literie, il lisait une lettre. Sa jambe gauche était repliée vers le bassin. Il fumait une cigarette. La fumée grisâtre montait en volutes en direction du plafond.
L’incipit de la lettre le plongea dans la rêverie et l'homme relâcha son bras droit qui se posa sur le bord du lit. La lettre se balançait mollement au bout de ces doigts. On pouvait y lire la dernière phrase,
« Néanmoins un moment de réflexion me décida à attendre la fin de l'aventure. »

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23 août 2021

65e été - Une silhouette

95ème Devoir de Lakevio du Goût (ICI)

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Il s’en va.
Mais où ?
Pourquoi ?
Si vous avez une idée, faites-en part lundi…

 

-Vous êtes revenu ?
Elle avait ouvert la porte avec brusquerie. Elle resta bouche bée. La cage d’escalier était silencieuse, déserte. Elle en était certaine, elle avait vu l’ombre familière du voisin de l’étage du dessus passer devant la porte aux vitres dépolies de son appartement. Sans bruit elle s’approcha de la rampe d’escalier et jeta un regard vers le bas. Personne, pas le moindre souffle d’un déplacement.
Pendant des années, en sortant de sa chambre, elle avait vu depuis son vestibule au dimensions modestes, l’ombre devenue familière de ce qu’elle pensait être le voisin du quatrième. Le voisin silencieux du quatrième. Une silhouette svelte, vêtue d’un éternel blouson de cuir gris ou peut-être noir, qui passait devant sa porte lorsqu’elle sortait de sa chambre.
-Vous êtes revenu ? cria-t-elle une seconde fois.
Elle se décida, elle monta sur la pointe des pieds au quatrième étage. Elle était abasourdie, il n’y avait pas d’appartement au-dessus de chez elle. L’escalier finissait en cul de sac. Soudain, un souvenir lui traverse l’esprit. Un jour, elle était rentrée d’un voyage tôt le matin, et elle avait décidé d’attendre la silhouette familière assise dans le fauteuil qui trainait depuis des lustres dans l’entrée, au rez-de-chaussée. Elle avait attendu jusqu’à midi, personne n’était descendu. Le lendemain, la silhouette passait devant sa porte au moment où elle sortait de sa chambre.
Cela faisait plusieurs semaines maintenant que la cage d’escalier était silencieuse, sans ombre, sans silhouette.
Elle sursauta, un claquement déchira le silence. C’était la porte de son appartement qui venait de se fermer, poussée par un courant d’air. Elle redescendit au troisième et rentra chez elle. Personne n’habitait au-dessus de chez elle, il n’y avait pas d’appartement au quatrième.
Quand elle rentra de sa promenade quotidienne, elle trouva dans sa boîte aux lettres une carte postal. Le texte était court. Une plume à encre bleu royal avait tracé « Je suis un rêve ». Il n’y avait pas d’adresse. Elle retourna la carte. Elle resta pétrifiée. La photographie représentait la cage d’escalier et la silhouette familière qui descendait les marches. Elle retourna la carte, un texte publicitaire vantait les mérites d’un savon noir. Elle regarda une nouvelle fois la photo. Tout se passa très vite, la silhouette fit un signe de la main puis s’estompa. Un bon proposait une réduction pour l’achat de deux bouteilles d’un savon noir réputé.
En montant chez elle senti quelqu’un la frôler, sans doute un courant d’air pensa-t-elle.
-Vous êtes revenu ?

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30 novembre 2020

Un automne masqué - Nuit 4/16 - La larme

 homme qui pleure.jpg

Devoir de Lakevio du Goût N°59

Le Goût ICI dit :

Qu’arrive-t-il à cet homme ?
Que subit-il pour être aussi triste ?
Que vous raconte cette toile d’Arielle Lange.
J’espère que nous en saurons plus lundi.

Lundi 29 novembre. Le brouillard au-dessus de la Ville fédérale fait comme un couvercle. Depuis des jours, le soleil ne perce pas la couche de gris. Les bars sont fermés, le monde de la nuit est à l’arrêt, les musées, cinémas et théâtres sont déserts. A partir de ce soir, les restaurants fermeront à 21 heures. Le Zibelemärit, le fameux marché aux oignons qui devait se tenir ce lundi et attirer des foules de toute la Suisse s’est tenu en catimini, réparti sur plusieurs jours et disséminé dans la vieille ville. Pas de confetti, pas d’attroupement, pas de carrousels. Le 11 du 11 à 11h11, à Bärenplatz, trois personnes masquées et masquées, ont tenu à respecter la tradition de l’ouverture du carnaval. Un carnaval qui n’aura pas lieu. Pour paraphraser la dame à la voix synthétique, qui annonce le motif d’un retard dans un Inter City reliant Genève à Zurich, « un coronavirus en est la cause ! »

Dans cette grisaille ambiante, Line, chaudement vêtue, se hâte de rentrer chez elle. En passant devant les fenêtres de la cuisine du rez-de-chaussée, elle s’arrête et éclate de rire en voyant œuvrer le cuisinier. C’est Luigi.
Line ajuste son masque chirurgical et entre dans la cuisine. Elle reste sur le pas de porte.
- Salut Luigi. Pourquoi tu as une cuillère dans la bouche ?
Le cuisinier à le dos tourné. Il grommelle une réponse que Line ne comprend pas. Le bruit du couteau qui coupe finement des légumes sur une planche en bois a des airs jazzy. 
- J’ai vu dans un épisode du journal filmé de Marie Roland, un gars qui faisait ça en coupant des oignons. Il dit que les particules se concentrent dans le creux de la cuillère. Un moyen pour éviter de pleurer.
- Et ça fonctionne ce truc, demanda Line hilare ?
- Sur lui, oui dit Luigi en se retournant.
Une larme coule le long de sa joue !


P.-S. Ce texte se lit en noir et blanc, grisaille oblige, et en buvant un espresso.
L'épisode du journal filmé de Marie Roland c'est ICI

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14 septembre 2020

L'été de la pandémie - Le polar du lundi

 

devoir de Lakevio du Goût_470.jpg

48e devoir de lakevio du Goût

Le Goût ICI dit :

Mais que diable vient-elle d’apprendre ?
Cette toile qu’on pourrait croire de Hopper si cette impression de joie ne venait assurer qu’il ne pouvait avoir peinte vous inspire-t-elle ?
Si oui, il faudrait que vous y glissiez les mots :


- Amour.
- Sandwich.
- Lèvres.
- Téléphone.
- Besoin.
- Tournevis.
- Caleçon.
- Seins.
- Gare.
- Cheveux.
- Toilettes.

 

Elle ferma la porte de l’appartement de deux tours de clé, laissant le petit vestibule dans la pénombre. Sur le guéridon ovale, Louis XV, signé Jean-Baptiste Galet, Paris vers 1770, éparpillés sur le marbre, autour d’une théière « Vieux Luxembourg », un panier en osier contenant des figues de barbarie et trois poires Williams du jardin, une assiette blanche remplie de tomates bio, un compotier d’où exhalait le parfum de williams rouges en attente d’être croquées et, posées à même le marbre, des pommes Red Love à chair rouge. Une pomme spectaculaire pour l’œil, la chair un peu farineuse atténuant l’enthousiasme. Deux cheveux blonds, échappés de la crinière de la marchande de fruits avaient glissé au pied du guéridon. La sonnerie du téléphone résonna dans la cage d’escalier. C’était la puissante sonnerie du locataire du troisième étage.

En sortant, elle se trouva nez à nez avec le chat du premier étage. Elle appliqua un masque chirurgical sur son visage. Une pandémie compliquait la vie de la Terre entière. 

Elle avait du mal à respirer en portant le masque et depuis qu’une épaisse fumée obscurcissait la ville, elle ne respirait plus du tout. 
La forêt qui cerne la ville brûlait depuis des jours. Avec détermination le feu s’approchait des quartiers périphériques. L’aéroport était fermé. Il était impossible de piloter des aéronefs dans cette fournaise. La route et la voie ferrée permettaient de quitter cette apocalypse par une large vallée désertique. 
Elle s’engouffra dans un taxi. Elle portait un tailleur rouge dessiné par son amie Gabrielle et des chaussures noires à talons. Un sac en cuir et daim tressé noir de chez Balmain, en bandoulière sur son épaule gauche, contenait une réserve de masques, du gel hydroalcoolique et quelques affaires.
Le chauffeur du taxi avait mis le volume de la radio à fond. Lynda Lemay chantait « Les souliers verts », une chanson de 1998.

Elle se hâtait pour ne pas manquer son rendez-vous, fixé à 15 heures devant l'ancien buffet de gare, devenu depuis longtemps une enseigne de vente à l'emporter made in USA ! la fumée devenait de plus en plus dense et l’air se raréfiait. Elle le repéra, ombre chinoise devant la vitrine, dans son éternel pardessus gris à poches larges. Les manches de sa chemise dépassaient et on distinguait des boutons de manchette en or. Il avait posé une valise à ses pieds et tenait un bouquet de Black Night, une hybride de thé, crée en 1975 par Huber.
Elle lui sauta au cou. Elle aimait, quand il la prenait à bras le corps, avoir ses seins compressés contre sa poitrine. Elle collait ses lèvres aux siennes, jetait ses jambes en arrière. C’était sa façon de sceller leur amour. Dans ce moment-là, elle n’avait besoin de rien.

Il lui glissa à l’oreille, - Un billet de chemin de fer est agrafé à l’intérieur de l’emballage des roses. Dans la valise il y a un sandwich, une bouteille d’eau et page 156 du livre des instructions. Le réseau est grillé. Plan C.
Il s’embrassèrent une dernière fois. Ils ne se reverraient pas avant plusieurs mois, peut-être jamais.
Ils disparurent, enveloppés dans les volutes des incendies de forêt.

Quand la police boucla le périmètre de la gare, elle ne trouva qu’un caleçon qui traînait sur le sol devant les toilettes De la poche de ce caleçon, vert à pois rouges, dépasse un tournevis.
Le train avait passé la frontière et la jaguar du colonel s’était éclipsée dans la nature.

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16 décembre 2019

Les mois d'hiver - Dites, si c'était vrai

20ème devoir de Lakevio du Goût

Le Goût ICI dit :
"Cette toile de Claude Guilleminet, avec son bœuf et son âne gris, me rappelle quelque chose, mais quoi ?
Je trouverai bien quelque chose à vous en dire.
Je suis sûr qu’à vous aussi elle va inspirer une belle histoire.
Alors lectrices et rares lecteurs mais chéris aussi, je compte bien vous lire lundi…"

claude-guilleminet-ane,-vache-et-poules-dans-une-étable.jpg

La chaîne avait cédé sous la cisaille, un coup de pied dans la porte laissa une ouverture.
-Viens Marie.
Le temps était exécrable, des vents violents balayaient le globe. Les banquises fondaient, les océans se gonflaient. Les plaques tectoniques se percutaient avec violence. Une pluie diluvienne gorgeait le sol d’eau glaciales. Le chaos régnait sur la terre.
La énième conférence sur le climat avait échoué. Cela faisait des décennies que l’on tergiversait. Il était trop tard.
- Marco ? … Ta meuf est là ? … Tu peux me la passer … Marie va accoucher …
Il faisait nuit, le vent s’engouffrait dans l’étable que Joseph venait de squatter. Il tenta de refermer la porte, alluma une torche électrique et vit qu’ils n’étaient pas seul.
- Merde mon téléphone n’a plus de batterie, 12%, grogna Joseph.
Des tuile s’envolait du toit sous la violence du vent. Plusieurs gouttières transformaient peu à peu le sol en magma boueux.
Ils n’étaient pas seuls, un âne et un bœuf tremblaient dans un coin de l’écurie.

« Entre le bœuf et l'âne gris
Dort, dort, dort le petit fils

Mille anges divins
Mille séraphins
Volent à l'entour
De ce grand Dieu d'amour »

Ce chant oublié depuis longtemps, gribouillé sur une feuille de papier jaunie était punaisé sur le mur de l’étable.
Il fut un temps ou l’on fêtait Noël, la naissance de Jésus. De Noël, cela avait glissé en fêtes de fin d’année, en folies commerciales.
Ce 24 décembre au soir, personne ne pensait à ces traditions de Noël. Il fallait trouver des abris, se battre pour se nourrir.
Une cloche battue par les vents, quelque part au loin, sonnait le tocsin.
- Enfin te voilà Julie, cria Joseph.
Le vent faisait tellement de bruit que les conversations étaient impossibles.
Joseph trouva un recoin à l’abri des courants. Il alluma une clope, pendant que Julie s’occupait de Marie.
Des pleurs retentirent. Un enfant venait de naître. Aussitôt le ciel se couvrit d’étoiles. Le silence se fit. Un puit de lumière éclaira l’étable. L’âne et le bœuf réchauffaient de leur souffle l’enfant nouveau-né. Des anges chantaient dans les cieux.
Des bergers qui passaient par-là, s’empressèrent de colporter dans le voisinage l’étrange scènes qu’ils avaient vu dans cette étable délabrée.

Assis sur les ruines de sa maison, détruite par un tremblement de terre, un enfant d’une voix aigrelette chantait
« Mille anges divins
Mille séraphins
Volent à l'entour
De ce grand Dieu d'amour »

Jacques Brel - Dites, si c'était Vrai (Poème) 1958

Posté par jeanjacques1957 à 21:24 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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18 novembre 2019

Aqua alta

 

 

vélo.jpg

 Peinture de Miki de Goodaboom

Devoir de Lakevio N° 16 (ICI)

Aqua alta

"J’aime la façon dont tu as agencé ton salon. Ce canapé moderne au milieu de ces quelques meubles anciens est bien choisi. Il y a juste la croûte qui surplombe le canapé qui détonne !"

Paul sourit. Il avait acquis le tableau, installé sur la paroi en bois du salon, au début des années 1980. Le peintre était inconnu à l’époque. La toile peinte en 1977, pour les 30 ans du Tour de Romandie, montrait le sprint d’une arrivée d’étape. On y voit Gianbattista Baronchelli (vainqueur du Tour 77) en tête suivi de Joop Zoetemelk (2e du tour 77), le peloton les talonne. Les grands noms du cyclisme figurent dans le palmarès de cette course à étapes qui se déroule en début de saison. 

Bartali, Kübler, Koblet, Bobet, Motta, Merckx, Gimondi, Thévenet, Van Impe, De Wlaminck, Hinault, Roche, Rominger, Indurain, Richard, Jalabert, quelques coureurs parmi tant d’autres qui sont montés sur le podium du Tour de Romandie. 

"Ce tableau a été peint par VVG" dit Paul
"Alors ce n'est pas une croûte. Tu l'as acheté combien ? Il est assuré ?"
"J'adore ta façon de concevoir l'art, mon neveu. Il y a cinq minutes c'était un tableau au-dessous de tout et maintenant tu es intéressé !"
"Un VVG ..."
"Pour moi c'est un souvenir de ma région, plus insolite qu'un Charles L'Eplattenier. Et puis, c'est plus intéressant d'acquérir une oeuvre d'un peintre qui débute. Cela lui permet de vivre, ou plutôt survivre. VVG est devenu très connu et hors de ma bourse. Quant à assurer ce tableau, autant acheter un tableau par an. C'est un puits sans fond les assurances d'oeuvres d'art. L'argent ne remplacera pas le tableau perdu ..."

Une sirène retentit.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda le neveu
"C'est l'alerte de l'aqua alta. Trois sons crescendo, la marée sera importante !"
"Mais il n'y a pas de marée ici, c'est pas l'Océan" dit le neveu avec aplomb.
"Au lieu d'avoir le nez en permanence plongé sur l'écran diffuseur de jeux vidéo, regarde ce qui se trame autour de toi"
"Alors, la grosse inondation de l'autre jour, c'était une marée géante. C'était super drôle, j'ai fait plein de photos."
"Oui, c'est du plus haut comique" ironisa Paul "Venise se détruit, c'est très amusant !"
La sirène retentit à nouveau.
"Bon, mon garçon, il est temps que tu regagnes ton hôtel. Dans une heure ce sera difficile. Passe demain vers midi. Il est temps que je te fasse découvrir la Sérénissime."
"la Sérénissime ?"
"La Sérénissime république de Venise, en vénitien : Serenìsima Repùblica Veneta" Chuchota Paul à l'oreille de son neveu.

L'appartement avait retrouvé son calme, la course cycliste avait repris son cours. Paul, triste, regardait depuis la fenêtre du salon l'eau monter. Il se dirigea vers la bibliothèque, tira du rayon du bas un disque 33 tours 1/2 minutes et le plaça sur le tourne-disque. "Verte campagne" chanté par Les Compagnons de la chanson résonna dans la pièce. Fred Mella venait de mourir. C'était le dernier Compagnon ...

Verte campagne Les Compagnons de la chanson - youtube

 

Posté par jeanjacques1957 à 21:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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