20 novembre 2017

Des nouvelles d'Afrique

Nota bene: le vendredi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: (ICI)

Troisième jeu  : la lettre

L'un des personnages écrit une lettre de voyage... avant lundi !


Chère Lakevio,

Dans la cuisine, une odeur de café plane. Sur les touches de l'ordinateur, je voulais taper "le devoir du lundi". Dehors, un paquebot sous pression attendait mon signal pour appareiller.Sur le pont, Paul et Virginie installés sur des chaises en acajou bavardaient en buvant des coupes de champagne. Ils partent pour Hong Kong.
Sur l'écran de l'ordinateur, un message entrant attire mon attention. Ce ne sont pas les prévisions météorologiques pour la croisière. Le message arrive du Tchad. Mon ami tchadien m'envoie quelques nouvelles.Le message parle de la Journée internationale des droits de l'enfant. Il contient quelques nouvelles. Mon ami écrit que pour cette journée des droits de l'enfant, il a servi aux siens une grosse boule de manioc accompagnée de sauce rouge et comme boisson du coca cola. Le message se termine par des salutations.
Je regarde la cuisine,un évier avec eau chaude et froide, une gazinière avec four, quelques appareils ménagers, un frigo avec compartiment de congélation, l'électricité et le chauffage.
Là-bas, dans le village au Tchad, un puit a été creusé, il y a quelques mois, par une ONG espagnole, cela évite des heures de marche pour aller, chaque jours, chercher de l'eau. Il n'y a pas d'électricité et le soir, les anciens racontent des contes et des légendes au cours de la veillée, parfois au clair de lune. Les journées se déroulent aux champs, et souvent, la pluie qui tarde à tomber, est le sujet des conversations.
Sur le paquebot qui emmène Paul et Virginie, le clair de lune éclaire le pont...
Finalement, j'ai laissé filé le paquebot et j'ai refermé le brouillon de mon devoir du lundi.
Un jour je vous raconterai, chère Lakevio, l'extraordinaire périple à travers l'Afrique de mon ami.
Le café est froid dans la tasse, je suis songeur. Là-bas, l'important c'est un puits, la pluie; ici, un Iphone X, du soleil et un 4X4...
Paul et Virginie arriveront à Hong Kong si un jour je reprends le brouillon de cette histoire, une histoire de lettre et de voyage.
Je rêvasse à un périple au Tchad, remis plusieurs fois. Je bois mon café froid et je regagne ma cabine. Le bateau de ligne file en direction du canal de Suez. Dans 80 jours j'aurai fait le tour du monde.
Recevez, chère Lakevio, mes salutations les meilleures.

Jean-Jacques'60

Au large de Chypre
Lundi, 20 novembre 2017

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06 novembre 2017

La lettre

Nota bene: le vendredi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: (ICI)
Sally Storch - A la fenêtre

 

 Sur cette image belle comme du Hopper, je vous propose le

Jeu des Papous N°1
1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." (emprunt à Simone, jeune fille rangée.)

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il" (emprunt à Jean-Paul, celui qui écrit sur le mur.)

Entre les deux, casez ce que vous voulez !

"Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." Si elle avait eu le don de la parole, la pendule, posée sur la coiffeuse Charles X, aurait raconté ses premiers battements de cette façon, devant les caméras d'une télé-réalité.
Selon la légende, qui perdure depuis plus de 100 ans, mon arrière grand-père maternel, horloger paysan dans les montagnes neuchâteloises, donnait vie à son chef-d'oeuvre, une pendule rococo, à la minute même où son fils, mon grand-père, prenait connaissance du monde.
La veille du 9 janvier 1908, mon arrière grand-mère, seule dans la ferme familiale, avait fait venir une sage-femme. La ferme bâtie sur les hauteurs, surplombait la ville de La Chaux-de-Fonds. Les hivers, en ce début du XXe siècle étaient rigoureux.
Mon aïeul, faisait partie des derniers paysans horlogers. Au mitant des années 1800, nombreux étaient les paysans des Franches-Montagnes et des Montagnes neuchâteloises qui exerçaient le métier d'horloger l'hiver. L'habileté de mon arrière grand-père et un concours de circonstances fit qu'il passa l'hiver 1907 - 1908 à Paris et qu'il mit au point une pendule extraordinaire commandée par le comédien Lucien Guitry.
En été 1914, la pendule est retournée à La Chaux-de-Fonds, chez son créateur, pour une grande révision. La Grande guerre déclarée en août fit que la pendule ne repartit jamais pour Paris.

Romain Rolland note dans son journal: "Vevey, Hôtel Mooser
31 juillet 1914. 3 H. 30. un télégramme du Conseil fédéral affiché à la gare de Vevey annonce "la mobilisation complète en Russie et l'état de guerre proclamé en Allemagne". C'est un des plus beaux jours de l'année, un soir merveilleux. Les montagnes flottent dans une légère brume lumineuse et bleutée; le clair de lune répand sur le lac une coulée d'or rouge qui part de la côte savoisienne entre Bouveret et Saint-Gingolph et va jusqu'à Vevey. L'air est délicieux, le parfum des glycines flotte dans la nuit; et les étoiles brillent d'un éclat si pur! C'est dans cette paix divine et cette tendre beauté que les peuples d'Europe commencent le grand égorgement."

Ma chère Élise,
Ce long préambule, un peu ennuyeux, était nécessaire pour expliquer la présence de la pendule de mon arrière grand-père dans mon salon. Il manque un chaînon, c'est un héritage de ma mère. Mon fils Jonathan en héritera à son tour.
La pendule rococo rythme depuis peu la vie de notre logement.
Ce matin, en ouvrant les volets, j'ai découvert un décor de neige sur les hauteurs du Raimeux. Il fait froid à Corcelles. Les cheminées du village ne chôment pas. Les chats ronronnent près du poêle. Sur l'électrophone passe un 45 tours de 1965, "Leaving Here" par les Birds, rock/rhythm and blues.
J'ai reçu, il y a une quinzaine de jours, par l'intermédiaire de la galerie Lakevio, le tableau que tu m'as offert pour mes 60 ans. Un immense merci. C'est un peu de ville au village. Je ne partage pas l'avis de Jeanne qui dit que c'est comme du Hooper. Cette toile de Sally Storch, intitulée "A la fenêtre", à des couleurs chaudes et il se dégage un bien-être et une quiétude à l'opposé des inquiétudes et de la solitude que suggèrent les tableaux de Hooper. Note que les toiles d'Edgar me passionnent. Nous auront de quoi causer pendant les soirées d'hiver, Jeanne et moi.
Nous entrons dans l'hiver et toi, tu va vivre ton 25e été austral. Le village a bien changé depuis ton départ pour Sydney!
Te décideras-tu un jour à faire le voyage de Corcelles?
Comme d'habitude, ma lettre est décousue.
Je t'embrasse, ma Chère cousine.

Paul

Corcelles, le 6 novembre 2017

P.-S. On distingue, sur la toile de Sally Storch, un livre ouvert posé sur le lit. Armé d'une loupe j'ai pu déchiffré quelques mots. Voici ce que j'ai lu: "Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il."

The Birds - Leaving Here 【Mono】 1965 British Beat

 

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23 octobre 2017

Perdus dans l'espace

Nota bene: le vendredi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: (ICI)
Francis Coates Jones 52
Francis Coates-Jones

Jeu des Papous N°2

A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

dictionnaire

pianiste

hortensia

bouée

affreux

mordant

pénible

éclairer

Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. je vous conseille de copier-coller la liste avant la composition de votre texte.

La tour
À gauche de l'entrée, un fleuriste occupe un espace rectangulaire avec une grande vitrine donnant sur le canal. On peut y voir une fillette de cinq ans qui confectionne des bouquets. Assise sur un tabouret, du matin au soir, elle assortit des fleurs par tailles, couleurs ou cultivars. À droite de l'entrée, la loge du concierge occupe un même espace rectangulaire que le vendeur de fleurs. À longueur de journée, il écluse des cafés. Parfois, armé d'un balai, il tente de déloger une araignée. Si on lève les yeux, en se plantant en retrait de l'entrée, près du canal, on ne voit pas le sommet de la tour, perdu dans les brumes matinales. "Une vraie Tour de Babel" a coutume de dire le concierge aux nouveaux arrivants.
Chaque soir, des milliers de bougies, réparties sur la façade nord, sont allumées pour ÉCLAIRER le voisinage. C'est la femme du concierge qui effectue ce travail PÉNIBLE. Elle s'y met à partir de midi.
Chaque soir, armé d'une paire de jumelles, le propriétaire de la "Donald Tower", scrute chaque centimètre carré de l'édifice. La moindre bougie manquante fait l'objet d'une déduction sur le salaire du concierge.
En passant dans les coursives, on peut entendre au sixième étage, en collant une oreille indiscrète contre la porte de l'appartement no 25bis, une PIANISTE massacrant un pianoforte. Distraite, elle a posé sur le lutrin de son accompagnatrice, la célèbre violoniste Anne Sophie, un DICTIONNAIRE ouvert à la page pizzicato.
A chaque étage une BOUÉE est suspendue à un croc de boucher. En cas de naufrage financier de l'édifice, on peut se jeter à l'eau.
Allo? Allo Ween? Ici Trouille!
Le téléphone sonne dans la boutique du fleuriste, tirant la fillette, qui prépare des bouquets du matin au soir, hors de ses pensées philosopolitiques. Elle tourne et retourne, dans sa tête de linotte, une question que bien des enfants de son âge se posent: faut-il célébrer le cinquantenaire de mai 1968? La fillette, indécise au sujet de mai 68, décroche le combiné. C'est la vieille du 155e étage qui crie dans l'appareil. Il faut lui livrer dare-dare 12 baccaras. La conversation est difficile. La vieille est sourde et son téléviseur est à fond. On entend des brides d'AFFREUX, sales et méchants, le film de Scola qui a remporté le Prix de la mise en scène lors de la 29e édition du festival de Cannes.
Dans cette tour dont le sommet se perd dans les brumes d'automne, le cimetière occupe le 172e et le 173e étages. Un HORTENSIA bleu en indique l'entrée. On peut louer une concession pour 10, 20, 50 ou 100 ans. Les tarifs sont sur demande. La mort, ça n'a pas de prix.
Le concierge, entre deux cafés, balaie dans les étages. Il ramasse un rectangle de papier. Ce rectangle évoque le fleuriste, installé 300 m plus bas. Une fillette de cinq ans y est injustement exploitée. Du matin au soir elle prépare des bouquets pour un revenu dérisoire. Elle n'est ni chinoise ni hindoue. Sur le rectangle de papier le mot MORDANT est écrit à la mine de plomb. Le concierge tourne et retourne ce petit papier. Il hausse les épaules et jette dans le dévaloir ce bout de billet. Imaginez l'effet sonore lorsque l'ivrogne du 201e étage se défait de ses cadavres, résultat d'une semaine de soulographie, jetés un à un dans un tube de plus de 300 m de haut, à minuit et une minute un 31 octobre. Les locataires frissonnent. Une pétition circule depuis 10 ans pour la fermeture du dévaloir. Elle est actuellement bloquée au 75e étage chez un analphabète.
Le 32 octobre au matin, les chenapans du quartier, aidés de quelques chats ont branché la tour à leur compteur à rebours. Ils écoutent, dans leur cabane, du jazz sur un petit poste à galène. Ils captent Heure-Bleue FM, une radio pirate qui émet depuis la Butte.
5,4,3,2,1, go... Un tremblement ressenti à quinze kilomètres à la ronde réveille tout le monde. La Tour de Babel, comme la nomme le concierge, décolle. Dix fois plus grosse qu'une Saturne V, ces fusées qui emmenaient, au siècle passé, des humains et une jeep sur la Lune, la tour, en décollant, provoque un tsunami sur le canal. "Encore un coup des chenapans", grommelle l'éclusier!
La tour devient invisible pour l'oeil nu. L'immense flamme sortant de la tuyère a brûlé deux hectares de forêt. Des Canadairs tentent de circonscrire cet incendie. Le silence s'est installé. On entend la pie voleuse. Soudain dans la cabane des gamins, un haut parleur grésille et on entend la voix calme de Jack: "Houston, we have a problem".

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16 octobre 2017

Synopsis*

Nota bene: le vendredi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: (ICI)
robert kenton_nelson_waitingforachange
Robert Kenton-Nelson

Un coup de sifflet, des huées, le joueur No14 à terre, un carton rouge tenu à bout de bras par un arbitre.
Un coup de frein, des pneus qui crisse sur le tarmacadam, feu rouge, freinage brutal, 15 voitures s'empilent les unes contre les autres, compression, un nouveau César est né.
Direct dans trois minutes, projecteurs, micros, 3,2,1, le rouge est mis, moteur.
Arène, paso doble, banderilles, le torero git dans une mare de sang, le taureau à gagné.

"Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."**

*Dans l'industrie cinématographique, ce terme désigne le résumé condensé d'un scénario.
**Extrait du poème "Le dormeur du val" d'Arthur Rimbaud

Jacques Brel Concert 1964 03 Les Toros video Concert

 

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02 octobre 2017

L'offre et la demande, jusqu'à saturation...

Nota bene: le vendredi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: (ICI)

Parfois, comme cette-fois-ci, il y a une consigne supplémentaire:

Jeu des Papous

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Ça a débuté comme ça." (emprunt à Louis-Ferdinand, qui voyage au bout de la nuit.)

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "En fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard." (emprunt à Maurice des Grandes familles.)

Entre les deux, casez ce que vous voulez !

°°°°°°°°°°°°°°°°°

Ça a débuté comme ça. Le père Maxime, béret vissé sur la tête, vêtu d'un costume aux couleurs indéfinissables, s'est penché vers la vitrine pour regarder un éclair au chocolat. Il en avait envie. Il soupira, réfléchit, il regarda longuement la pâtisserie et se décida. Il franchit la porte de la boulangerie-pâtisserie. La patronne fut surprise de voir le père Maxime dans son magasin. On chuchotait, dans le village, qu'il dormait sur un magot et que son porte-monnaie avait des toiles d'araignée.
-C'est un pingre et un grippe-sou disait de lui Martha, une parente éloignée.
-Bonjour, monsieur...
-Bonjour, bonjour, je voudrais l'éclair au chocolat qui est dans la vitrine.
La patronne mit la pâtisserie dans un petit carton. Elle encaissa, le père Maxime salua et sortit.
Le lendemain il restait une tartelette aux framboises. Il salua et emporta la fine pâtisserie. Personne, dans le village ne se souvenait l'avoir vu faire des dépenses, encore moins pour des sucreries.
Le troisième jour, il restait un diplomate et un baba au rhum. Le père Maxime salua prestement en emportant son butin.
Le village commença à jaser. Que se passait-il?
On interrogea Martha, sa proche parente. Elle criait à qui voulait l'entendre:
-Balivernes que tout cela. C'est un pingre et un grippe-sou.
Au fil des jours les pâtisseries se mirent à fourmiller dans la vitrine. Il prenait tout.
Les semaines passèrent et l'on vit le père Maxime à l'étroit dans son costume aux couleurs indéfinissables.
Madame Polant, une autre parente, qui suivait tous les cortège funèbres, disait à voix basse:
-Si c'est pas malheureux de dilapider son patrimoine dans de la pâtisserie.
Madame Polant et Martha étaient les principales héritières du père Maxime. Elles veillaient à leur façon sur le magot. Il y avait bien de la famille à Paris, mais on oublierait de les prévenir. Martha en ferait son affaire auprès du notaire, un cousin à elle.
La patronne de la boulangerie-pâtisserie avait engagé un commis. On ne cuisait presque plus de pain. On faisait des pâtisseries jour et nuit. Il n'y en avait jamais assez.
Le père Maxime devint énorme. Une fillette le poussait désormais dans une fauteuil roulant.
On passait directement à l'arrière-boutique située sur le côté du magasin. Les cartons de babas, de Paris-Brest, d'éclairs au chocolat, au café ou à la vanille, de tartelettes et de bien d'autres merveilles étaient entassé sur une charrette que tirait le frère de la fillette.
Les saisons rythmaient le choix de la garnitures des différentes pâtisseries. Les années passaient. Il y avait maintenant 3 commis qui faisaient les 3 huit. On avait testé toutes les recettes existantes.
A trois heures de l'après-midi, l'activité du village cessait. Les habitants se massaient dans la rue principale pour regarder un étrange cortège. Une fauteuil roulant avançait lentement au milieu de la rue. Trois fillettes, poussaient l'énorme masse de chair du père Maxime. Trois garçons tiraient une charrette lourdement chargée de cartons débordant de pâtisseries. Les six enfants du clerc de notaire avaient étés réquisitionnés au fil du temps.
Martha courrait les ruelles du village en chemise de nuit en braillant:
-Du baratin, c'est un pingre et un grippe-sou.
Madame Polant scrutait avec anxiété la diminution du magot.
Le notaire se décida à écrire une lettre urgente aux cousins de Paris de son client, pour décrire le chaos qui régnait au village. Tout cela est crée par votre oncle Maxime. Je vous signale qu'il y a un testament. Il écrivit en lettres minuscule la suite. Il ne devrait pas, mais la situation l'exigeait. Les deux folles du village pensent hériter, mais elles ne toucheront que le minimum légal. C'est vous les héritiers. Le magot sera dans quelques mois dilapidé sous forme de sucre, farines diverses et avariées (parfois), d'oeufs, de vanille et autres cerises sur le gâteau. Bientôt il n'y aura plus que quelques miettes de baba.
Marthe mourut un matin d'octobre. Madame Polant jubila, la voie était libre.
Elle se précipita chez le père Maxime. En ouvrant la porte, elle resta interdite sur le palier, blanche comme un linge.
Une ribambelle de cousins de Paris, attablés à la cuisine dévoraient le stock de pâtisserie de la veille. Le père Maxime se noyait lentement dans sa propre graisse. Il n'avait rien pu manger depuis la veille.
-Entrez, ma très lointaine cousine. Il faut que vous alliez chercher Marthe.
-Oui, cette autre lointaine cousine, ajouta une autre voix.
-Elle est morte Marthe. On l'enterre dans trois jours.
Il y eu un long silence. On entendait juste le bruit des mandibules des cousins de Paris, qui s'empiffraient, et le ronronnement de la liposuceuse qui dégonflait l'oncle.
On vit madame Polant, ressortir de chez sont très lointain oncle, cramoisie de colère, un baba au rhum en travers de la gorge. Elle ne digérait pas cette humiliation que lui infligeait les cousins gloutons de Paris.
L'enterrement de Marthe se déroula dans l'indifférence générale.
En fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard.

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04 septembre 2017

L'été russe - Le tableau vérité

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

La cafetière italienne grésille sur les flammes de la gazinière.
Lundi, jour de congé, jour propice pour faire la balade dite de "la classique de l'aéroport".
Une petite heure de marche de Wabern jusqu'à l'aéroport de Belp-Berne. Le ciel est un peu voilé. La température agréable laisse songer que l'arrière-été va se prolonger jusqu'à Noël!  Les asters fleurissent, les framboisiers remontent, les pommes arrivent à maturité et les vaches ruminent, couchées en ligne à la lisière d'un petit bois de sapin. Pendant la pause café, au restaurant de l'aéroport, arrivée du vol SX0601 en provenance de Vienne et du vol AGV33L, vol affrété par Air Glacier, en provenance de "La Madrague" (Saint-Tropez). Les passagers pour Berlin ne vont pas tarder à embarquer...
La cuisine embaume le café. C'est un Candelaria, torréfié à l'Adriano's bar.
Lundi soir, les chefs du monde imaginent, comme tout les débuts de semaine, des scénarios pour déclencher une guerre thermonucléaire.
Lundi soir, je sèche en regardant un tableau qui pourrait nourrir un billet. Ce tableau a été entrevu à l'aéroport. Un passager l'a reçu d'un coursier à vélo. Il a décloué du chassis, roulé et glissé la toile dans sa besace. Il a tranquillement passé la sécurité et s'est installé dans la salle d'attente. On le distingue sur la photographie ci-dessous, en ombre chinoise, portant une casquette. Il a embarqué sur le vol de Berlin.
Lundi soir, l'odeur du café titille les narines. La TSF annonce, au journal de 22h00, le vol d'un tableau au musée d'art de la Ville fédérale. Une toile de valeur. On y voit deux personnages. Les couleurs de cette toile disparue sont automnales. La particularité de ce tableau, est que les deux personnages sont des personnes réelles qui jouent un morceau de leur vie. La police recherche donc un tableau et signale la disparition d'un homme et d'une femme. Après la téléréalité, le tableau vérité remplit les musées de visiteurs avides d'histoires croustillantes.
Je suis donc un témoin clé de cette étrange histoire. Je suis enfermé chez moi. Les chats du quartier font le guet. Une bande très organisée est à l'origine de ce vol.
Lundi soir, je vais me mettre au vert quelques temps. Je quitterai mon appartement par la tuyauterie du lavabo et je passerai une quinzaine à Gspon...

                                                  

Ci-dessous, le tableau...

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27 août 2017

L'été russe - Nouvelles de la nuit

Un papillon veille sur la nuit. Une nuit d'arrière été...
Un gramophone distille le thème d'Amarcord, mon film culte de Fellini.
Une annonce dans le quotidien Le Temps daté de samedi 26 donne envie d'aller au cinéma. Deneuve-Depardieu, deux monstres, plein de souvenirs sur grand écran...
Vendredi, vu à la librairie Payot, à La Chaux-de-Fonds, la ville de mon enfance, le nouveau Notomb... Déjà! encore? J'ai pas encore lu l'opus 2016...
Quand Amélie émerge au-dessus des piles à lire, c'est signe de fin d'été, de reprise, de rentrée, d'automne, la saison préférée de Lakevio et de Ric.
La musique de Rota passe en boucle...
Les chats du quartier, totalement hermétiques à la musique de Nino et de Schubert, partent à la chasse aux scoops...

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14 août 2017

L'été russe - La rentrée

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com
marc chalme

CANULAR

Deux fous, orgueilleux et sourds aux conseils, brûlent d'impatience d'expérimenter, grandeur nature, la guerre thermonucléaire...

 ... Pendant ce temps, attablé au Colonial bar , Jim sirote des espressi en lisant "Ada", un roman d'Antoine Bello. Les perspectives de cette histoire sont inquiétantes...

 ... Une jeune femme, vêtue d'une robe de couleur vert bouteille, tenant un livre à la main, descend avec nonchalance l'escalier de la maison familiale. Elle lit "L'Exil et le Royaume" de Camus. Copyright Librairie Gallimard 1957, Achevé d'imprimer 4 mars 1957, Dépôt Légal 1er Trimestre 1957...

 ... 4 mars 1957, un peu plus de deux mois après la parution du livre, naissait un humanoïde, qui, soixante ans plus tard, se saoulera d'espressi dans la Ville fédérale. Dans deux autres capitales, les maîtres joueront au jeu de "qui perd gagne" afin de savoir qui déclenchera le premier le cataclysme nucléaire...

 ... Pendant ce temps, la jeune femme à la robe de couleur vert bouteille, cherchait sa mère dans les pièce du rez-de-chaussée. Elle avait trouvé dans le recueil de nouvelles une lettre datée de mars 1967. Elle avait reconnu l'écriture de sa grand-mère et la dessinatrice semblait être sa mère...

 ... A Paris, Lakevio, la célèbre galériste, peaufinait l'accrochage de son exposition automnale. Une entreprise de transport réputée venait de lui livrer un tableau mystérieux. Aucun document n'accompagnait cette peinture. On voyait une jeune femme descendant nonchalamment l'escalier de la maison familiale. Elle tenait dans une main les feuillets d'une lettre. La jeune femme, d'une trentaine d'années, vêtue d'une robe de couleur vert bouteille, cherchait sa mère. Elle voulait des explications concernant un embriolo familial dont elle n'avait eu que des explications de façade et qui était détaillé dans une missive oubliée dans un bouquin. Lakevio décida de placer cette toile mystère à l'entrée de la galerie...

 ... - j'ai placé des notes à mettre au propre de façon à créer une histoire, à côté de votre ordi.
- Bien chef, répondit une jeune femme vêtue d'une robe couleur vert bouteille.
- Il faudra faire un effort. La semaine passée, nous avons fait une audience nulle, votre texte était nul. On a perdu 26% de parts de marché. Encore un faux-pas et nous nous quitterons en bons termes....

 ... Pendant ce temps, Jim pensif imagine Ada, intelligence artificielle, vêtue d'une robe vert bouteille. Selon les magazines de mode, la tendance de l'automne 2017 est à la robe de couleur vert bouteille unisexe...

 ... Dans son bureau paysager, la jeune femme ruminait. Elle ne voulait pas être virée. Elle composa un numéro sur le cadran d'un vieil appareil. Elle murmura dans le combiné: - Allô New-York, je voudrais le 22 à Asnières...

 ... Un feuillet du précieux manuscrit par un curieux courant d'air c'est retrouvé dans la rue. Il a échoué sur le comptoir d'un food truck et a servi de cornet pour une portion de frites...

 - c'est toi Amélie? -Oui, Ada -Je t'envoie le brouillon du patron. Il faut que tu me fasses un texte brillant. Je suis virée au moindre point virgule de travers. - Je ferai mon possible, mais je suis en tournée promotionnelle pour mon nouveau roman qui va sortir.

 

NOTES DE BAS DE PAGE Le début du texte est un gazouillis envoyé dimanche. Le compte Twitter peut être identifié en sachant que deux mots ont un #, guerre et thermonucléaire. L'auteur de ce gazouillis tient un blog où la rêvasserie est de mise. Ce n'est pas @pontifex_in. Le feuillet qui a servi de cornet, gras d'huile et de mayonnaise, est illisible. Il contait la brève arrestation de Lakévio par la police des douanes. Accusée de trafic de tableaux et de séquestration de la mère d'une jeune fille vêtue d'une robe couleur vert bouteille, elle a finalement été lavée de tout soupçon, cette veille de 15 août.

 La canicule a repris son bâton de pèlerin, dans la villa familiale résonne la 7e symphonie de Bruckner jouée par le Symphoniaorchester des Bayerischen Rundfunks dirigé par Eugen Jochum. C'est une oeuvre difficile d'accès, mais après quelques écoutes, elle devient plus familière. Elle évoque l'été.

 Les devoirs de vacances me donne des céphalées. Je vais prendre un cachet. Sur la boîte d'Alka-Seltzer, il est écrit: À prendre à minuit, parce qu'il est minuit à Alka-Seltzer!

 Si le temps le permet et la technique ne s'y oppose pas, les entrées du journal électronique sont mises en ligne à 22h15.

 ... Dans la nuit tombante, une voiture noire, conduite par Jim, ralentit. La glace arrière se baissa. Une jeune femme, vêtue d'une robe couleur vert bouteille se pencha et cria: - Et les chats, vous avez oublié de parler des chats du quartier. La voiture accéléra et se fondit dans la nuit. Furtivement il avait été possible de voir Lakevio, assise à côté de la jeune femme, tapotant sur une tablette. Elle composait les invitations pour son exposition d'automne...

 

(A SUIVRE)

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07 août 2017

L'été russe - Un été à Cumberland

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

James Durden, été à Cumberland (1925)

Un canapé coudé en toile était adossé à la baie vitrée. Au loin, on voyait un paysage de plaine, de lac au pied de montagnes abruptes. Les couleurs étaient celles d'un été finissant, tirant sur le jaune et l'ocre. Devant le canapé, une table basse nappée de blanc sur laquelle reposait un plateau garni de tasses, soucoupes, théière et coupelles remplies de biscuits signalait au chat, qui ne se trompait jamais en matière de gastronomie, que l'heure du goûter avait sonné. Yvonne et Eva s'assirent de part et d'autre du canapé. Le chat jouait le séducteur, il savait qu'il gagnerait quelques miettes du festin. Un diamant, à la vitesse de 33 tours et demi minute, sillonnait un vinyle.
Le haut parleur situé au-dessus de la machine à café... [Ce plan a été intégré par erreur. Ceux qui suivent l'actualité auront reconnu un fragment de l'Adriano's bar. Le lobby du café a imposé à la production cette fraction de seconde subliminale.] La musique de Mozart emplissait la pièce. Marc arrivé de l'extérieur se tenait dans l'embrasure de la fenêtre ouverte. Yvonne remplit les tasses d'un thé vert japonais de premier ordre, un Sencha No5 de la région de Kagoshima, cueillette 2016, et tendit une tasse reposant sur une soucoupe à chacun. L'Été, le bel été dansait. Vieillissant, il ne tarderait pas à disparaître, rongé par l'automne qui en catimini prenait ses marques. L'image se figea, le mot FIN apparut en surimpression, les lumière se rallumèrent. Trois secondes de silence, qui parurent des siècles, s'égrenèrent avant que les 8000 spectateurs de la Piazza Grande, debout, ne fassent une très longue ovation au film "Un été à Cumberland". Une fois encore, la magie de la place avait agit. La voûte étoilée avait inspiré les spectateurs. Ce qui, selon les rumeurs, devait être un navet, un film de série Z, était un chef-d'oeuvre. Les réseaux sociaux étaient saturés, le public applaudissait depuis une demi-heure. "Un été à Cumberland" semblait bien parti pour obtenir le Léopard d'or. Le 70ème Locarno Festival - Films battait son plein. Il se produisit ce dimanche soir 6 août un événement qu'aucun festivalier n'avait jamais vécu et qui probablement ne se reproduirait pas avant septante ans, le film fut projeté une seconde fois. Minuit sonnait au clocher d'une église voisine de la place. Le chat du film, grisé par le triomphe dévorait des sardines en cachette au "Bar de l'entracte". Il flottait un air de fête sur la Piazza Grande. Le cinéma n'était pas encore mort.

 

NOTES:
Le Locarno Festival-Film se déroule cette année du 2 au 12 août.
En plus des sept salles de cinéma utilisées, la Piazza Grande peut accueillir chaque soir jusqu’à 8 000 personnes. La récompense principale décernée par le jury est le Léopard d'or (Pardo d'oro).
Plus d'infos: https://www.rts.ch/info/culture/cinema/8806501-le-festival-du-film-de-locarno-fete-ses-70-ans.html

(Photos tirées de la toile)

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24 juillet 2017

L'été russe - Le rocker

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

 

Il pleut. C'est soir de fête chez les gastéropodes. Des lampions, protégés par de grandes feuilles d'hosta, éclairent la piste de danse. Des grillons jouent des polkas endiablées. Limaces et escargots se trémoussent jusqu'à pas d'heure. Un voisin, agacé par le tintamarre, lance une pantoufle par la fenêtre. Elle s'écrase sur une fourmilière. La panique, crée par cette astéroïde tombée du ciel, provoque une grande agitation chez les fourmis, qui, selon la légende ne sont pas prêteuses.
Il pleut.
Médor, le bouvier bernois, dort sur le canapé à côté d'Odile qui fait ses devoirs de vacances. Ce mois de juin est particulièrement pluvieux et Odile a sauvé quelques fleurs de pivoine. Disposées dans un vase en verre de Murano, placé sur la table basse, devant le canapé, les rescapées de la pluie égaient la soirée pluvieuse. La pluie abîme les fleurs de pivoine.
Odile s'applique à décrire cinquante nuances de gris, un tableau chic peint par un artiste de choc.
Gygé, son mari, chasse, armé d'une boîte Agfa modèle 1927, les papillons de nuit planqués dans la maison. Le poste à galène diffuse "La truite" de Schubert. Soudain le concert est interrompu. Un speaker annonce la mort de Polo Hofer. il s'est éteint samedi à l'âge de 72 ans, communique sa famille. «Samedi peu avant minuit, ma dernière heure a sonné et je me suis endormi paisiblement à la maison», peut-on lire en suisse allemand dans l'avis de décès qu'il a lui-même écrit. «Je dis au revoir tout le monde, c'était bien».
Polo Hofer a su lier comme personne avant lui le dialecte et la musique rock, a aussitôt réagi le ministre de la culture Alain Berset.
Considéré comme le fondateur du «Mundartrock» en Suisse, littéralement «rock en dialecte», il a marqué la musique rock des années 1970 et 1980 avec son groupe Rumpelstilz, souligne le quotidien "Le matin"
A noter que son morceau «Alperose», qu'il a composé avec Hanery Amman, a été élu hit de tous les temps par les téléspectateurs helvétiques en 2006.
Polo hofer chantait en dialecte bernois.
Odile abandonne son devoir. Elle ne distingue que du gris dans ces cinquante nuances. Un éclaire de magnésium embrase la maison. Gygé vient de surprendre un papillon qui pose pour la postérité. Coup de tonnerre chez les collectionneurs.
Odile choisit un disque de Polo et met le volume à font. Elle se trémousse jusqu'à pas d'heure sur le tapis de tante Violaine.
Soudain une vitre vole en éclat et une pantoufle expédiée dans la nuit par un voisin agacé s'écrase sur la truffe de Médor. Il pousse un hurlement de loup et disparaît sous le canapé.
Le mardi matin, le canard était toujours vivant, un gars en pyjama, pieds nus, cherche ses pantoufles dans le dédale des rues de son quartier. Odile dort, elle a dansé le rock toute la nuit. Une famille d'araignées, adepte des plats à l'emporter, grignote les restes calcinés de papillons de nuit grillés par les éclairs de magnésium. Médor rentre bredouille de sa chasse aux chats. Les félins bronzent sur une plage à Agay. La pluie s'est éclipsée. Les dernières gouttes s'étirent sur le feuillage d'un lilas. Des coins de ciel bleu annonce le retour de Phébus (Φοῖβος). Il est 08h05, les cloches d'une église voisine sonnent. C'est l'enterrement des illusions.

Alperose - Polo Hofer

Posté par jeanjacques1957 à 23:59 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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