24 juillet 2017

L'été russe - Le rocker

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

 

Il pleut. C'est soir de fête chez les gastéropodes. Des lampions, protégés par de grandes feuilles d'hosta, éclairent la piste de danse. Des grillons jouent des polkas endiablées. Limaces et escargots se trémoussent jusqu'à pas d'heure. Un voisin, agacé par le tintamarre, lance une pantoufle par la fenêtre. Elle s'écrase sur une fourmilière. La panique, crée par cette astéroïde tombée du ciel, provoque une grande agitation chez les fourmis, qui, selon la légende ne sont pas prêteuses.
Il pleut.
Médor, le bouvier bernois, dort sur le canapé à côté d'Odile qui fait ses devoirs de vacances. Ce mois de juin est particulièrement pluvieux et Odile a sauvé quelques fleurs de pivoine. Disposées dans un vase en verre de Murano, placé sur la table basse, devant le canapé, les rescapées de la pluie égaient la soirée pluvieuse. La pluie abîme les fleurs de pivoine.
Odile s'applique à décrire cinquante nuances de gris, un tableau chic peint par un artiste de choc.
Gygé, son mari, chasse, armé d'une boîte Agfa modèle 1927, les papillons de nuit planqués dans la maison. Le poste à galène diffuse "La truite" de Schubert. Soudain le concert est interrompu. Un speaker annonce la mort de Polo Hofer. il s'est éteint samedi à l'âge de 72 ans, communique sa famille. «Samedi peu avant minuit, ma dernière heure a sonné et je me suis endormi paisiblement à la maison», peut-on lire en suisse allemand dans l'avis de décès qu'il a lui-même écrit. «Je dis au revoir tout le monde, c'était bien».
Polo Hofer a su lier comme personne avant lui le dialecte et la musique rock, a aussitôt réagi le ministre de la culture Alain Berset.
Considéré comme le fondateur du «Mundartrock» en Suisse, littéralement «rock en dialecte», il a marqué la musique rock des années 1970 et 1980 avec son groupe Rumpelstilz, souligne le quotidien "Le matin"
A noter que son morceau «Alperose», qu'il a composé avec Hanery Amman, a été élu hit de tous les temps par les téléspectateurs helvétiques en 2006.
Polo hofer chantait en dialecte bernois.
Odile abandonne son devoir. Elle ne distingue que du gris dans ces cinquante nuances. Un éclaire de magnésium embrase la maison. Gygé vient de surprendre un papillon qui pose pour la postérité. Coup de tonnerre chez les collectionneurs.
Odile choisit un disque de Polo et met le volume à font. Elle se trémousse jusqu'à pas d'heure sur le tapis de tante Violaine.
Soudain une vitre vole en éclat et une pantoufle expédiée dans la nuit par un voisin agacé s'écrase sur la truffe de Médor. Il pousse un hurlement de loup et disparaît sous le canapé.
Le mardi matin, le canard était toujours vivant, un gars en pyjama, pieds nus, cherche ses pantoufles dans le dédale des rues de son quartier. Odile dort, elle a dansé le rock toute la nuit. Une famille d'araignées, adepte des plats à l'emporter, grignote les restes calcinés de papillons de nuit grillés par les éclairs de magnésium. Médor rentre bredouille de sa chasse aux chats. Les félins bronzent sur une plage à Agay. La pluie s'est éclipsée. Les dernières gouttes s'étirent sur le feuillage d'un lilas. Des coins de ciel bleu annonce le retour de Phébus (Φοῖβος). Il est 08h05, les cloches d'une église voisine sonnent. C'est l'enterrement des illusions.

Alperose - Polo Hofer

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10 juillet 2017

L'été russe - Le rouge est mis... Moteur!

PUZZLE

Les jours d'été, les notes égrenées par une pianiste, s'enfuient par les persiennes entrouvertes et ruissellent dans la rue inondée de soleil, déserte et brûlante.
Persiennes, ce mot évoque des souvenirs d'été.
Les persiennes entrouvertes laissent entendre une musique inlassablement répétée par une pianiste déchiffrant une partition. Absorbée par les fa# du monde, elle sursaute, quand une paire de chaussures rouges à talon tombe sur le clavier, provoquant une dissonance du plus bel effet...

Ding ding dong!
- Maman, on a sonné à la porte
- J'y vais
Elle se trouve nez à nez avec la bande de gosses du quartier.
- 'Jour M'dame. Si ces chaussures sont votre pointure, vous pourrez épouser le prince charmant.
Tous les regards se tournent vers Jules, un pré-adolescent boutonneux et rouge comme une pivoine.
Une gamine brandit, devant les yeux ébahis de la mère de famille, une paire de souliers à talon de couleur rouge.
- D'où sortent ces godasses demande la M'dame.
- On les a trouvées sous la haie, près de la boucherie.
Elle essaye les chaussures, elle lui plaise.
- Pas de chance M'dame, votre pied est beaucoup trop petit.
On lui arrache les escarpins et la bande s'en va.
En refermant la porte, la mère entend un bonhomme haut comme trois pommes dire gravement à son copain:
- Dommage, Jules, elle était bien roulée la nana...

- Tu pourrai mettre des annonces sur les réseaux sociaux.
- Tu as une photo?
- Oui.
- Montre.
Isis montra le cliché qu'elle venait de récupéré du Cloud.
- Elles sont belles
- Tu les a perdues où?
- Oubliées à la piscine. Je suis effondrée, je venais de les recevoir.
- A nous trois on a un large réseau. On met des avis sur Twitter, Instagram, Snapchat et une vidéo sur Youtube.
- On va les retrouver, tes belles chaussures rouge à talon...

- Lot No 434, une paire de chaussure rouge à talon. Nous démarrons à 5 francs.
Chaque année, les objets trouvés mettent en vente une partie des objets orphelins de leur propriétaire.
Roseline, la fille de la chanson, patiemment, par tranche de cent sous, obtient le lot pour 20 francs.
Roseline, la fille de la chanson, était à la traine. Son amoureux marchait loin devant. Les belles chaussures rouges la faisaient atrocement souffrir. Ses pieds meurtris refusaient d'avancer.
Son amoureux se porta à son secours. Il la saisit dans ses bras. Il retira les souliers des pieds gonflés et les expédia aussi loin que possible. Ils virent les chaussures rouges à talon disparaitre, engloutie par une persienne.
Ils éclatèrent de rire, s'embrassèrent longuement et poursuivirent leur route.

LE CHAINON MANQUANT
La pianiste, dépourvue d'intérêt pour une paire de chaussures rouges à talon a discrètement égaré les souliers sous la haie près de la boucherie...

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03 juillet 2017

L'été russe - L'écharpe rouge

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

VOYAGE EN CHEMIN DE FER, COURTE FANTAISIE
Les chats avaient discrètement quitté le quartier. Chargés de bagages, ils avaient contacté un Uber. C'est un hérisson, plutôt jeune, qui les a conduit à la gare à bord de son Alfa Roméo. Le train pour Lecce partait de la voie 6 à 15h07. Les félins, après avoir semé le chaos dans la gare, s'engouffrèrent dans un wagon de 1ère classe. Ils bousculèrent une dame, vêtue d'une robe et de talons aiguilles blancs qui rêvassait dans le couloir.
Un coup de sifflet retentit sur le quai
- En voiture, cria le contrôleur.
Le train s'ébranla.
L'Été, le bel été sirotait un verre de bulles au wagon restaurant.
Un téléviseur installé dans le wagon fumoir, permettait de voir,en noir et blanc, l'arrivée de l'étape du jour du Tour de France.
Un air de vacances flottait dans le train qui filait vers le talon de la botte italienne.
Un hippopotame faisait des arabesques devant la grande porte de Kiev.
A New York, sur la scène de Radio City, les girls faisaient des claquettes.
Oublié sur une banquette de seconde, "La modification", roman ferroviaire de Butor, attendait une lectrice (chérie).
"Marie-Chantal contre le docteur Kha", un film franco-italo-hispano-marocain réalisée par Claude Chabrol, sorti en 1965, comporte une scène, avec Marie Laforêt, qui se déroule dans un wagon restaurant.
Au petit matin, alors que le train roulait dans la campagne italienne, un voyageur trouva la dame aux talons aiguilles pendue à son écharpe rouge dans les WC. Son corps se balançait doucement.
Les chats avaient quitté le train depuis longtemps.
On pouvait voir, sur Instagram, des égoportraits en maillot de bain de ces chères félins...
Le commissaire Montalbano, dépêché sur les lieux, par autorisation spéciale de Camilleri, élucida le mystère de la pendue en deux minutes. Au pied du cadavre un billet disait ceci: "J'ai perdu tous mes amis FB. Adieu monde cruelle."
Encore une victime des chimères virtuelles.
Ce soir le coucher de soleil fut de toute beauté.
Dans la rue on peut humer les derniers parfums des tilleuls.
Tout est calme, les chats du quartier sont en vacances.
A l'Adriano's bar, un client écrit, sur un carnet de moleskine, une histoire abracadabrante. Les deux ventilateurs, fichés au plafond, sont à l'arrêt. Le haut-parleur, situé au-dessus de la machine à café diffuse un nocturne de Schubert.

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19 juin 2017

L'imprimante

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

Aujourd'hui, on pouvait choisir un des sept portrait proposé. Il fallait faire une biographie ou évoquer le portrait choisi.

 

- Salut.
- Salut.
- C'est qui ce mec sur l'imprimante?
- Je n'ai aucune idée. J'ai fait un clic erroné en voulant imprimer un rapport et voilà, un inconnu s'est pointé. En plus je n 'ai plus de connexion depuis une heure.
- Ce mec me dit quelque chose.
- Salut les ploucs, c'est la bourre? 
- Salut Julie. Georges est en panne de connexion.  Il est imbuvable. Dis, tu connais ce mec qui est sur l'imprimante?
- Tu es naze ou quoi, Mireille? Tu ne reconnais pas François Barrière?
- Le fils d'Alain? Ironisa Georges.
- Non, je ne crois pas précisa Julie. J'ai l'impression d'avoir affaire à des ploucs de chez plouc... François Barrière, un acteur qui casse la baraque en ce moment, ajouta-t-elle.
- Le cinéma, pour moi c'est un peu dépassé. A part ça, il est sexy ce mec, ajouta Mireille en regardant la photo sur l'imprimante. 
- Il a 28 ans, il a raflé le César du meilleur acteur en début d'année, le grand prix d'interprétation à Cannes au printemps. Il est en couple avec Lucia, une actrice italienne...
- Julie, au lieu de débiter le bottin mondain, au boulot, tonna Georges.
- Je prends la photo, annonça Mireille.
- Je prends la photo, imita Julie.
- Bon, les midinettes, la connexion est revenue. On bosse.
On entendit les mouches voler dans le bureau.
Le portrait de François Barrière, oublié dans le bac de l'imprimante, termina sa carrière dans la poubelle.
Le philadelphus parfume les interminables soirées de juin.  L'Été, le bel été se pavane...
Adieu donc
Enfants de mon coeur

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05 juin 2017

Portrait minute - L'Été, le bel été

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Il somnolait sur une banquette mal commode. Il avait peu dormi. La veille, un orage avait éclaté et la pluie s'était installée pour la nuit. Les chats du quartier, peu enclins à se mouiller, avaient organisé une rave party clandestine dans les combles d'une maison voisine. Ils se moquent des lois, qu'ils ignorent, ne sachant pas lire et font un vacarme toute la nuit. Le volume est poussé à fond, les basses font trembler toute la Ville fédérale, les félins éructent, pissent dans les coins, fument de l'herbe, boivent des litres de bière et font des égoportraits qu'ils envoient sur la toile virtuelle.
Un crissement de freins, l'ouverture des portes automatiques le tira d'un cauchemar. Il était en train d'épouser les thèses du président des États-Unis. Une vitre le séparait d'une dame lisant une revue vegan. Elle portait des lunettes de soleil et ressemblait à la fille qui joue Lolita dans le film de Kubrick. Soudain il tressaillit. Derrière la Lolita se tenait une femme. Il la voyait de profil. Il reconnaissait les traits d'un visage familier, elle avait vieilli, comme lui. Elle portait les boucles d'oreille qu'il avait offertes à Gabrielle il y a près de cinquante ans. Il avait devant lui l'amour de sa jeunesse. Il se leva et se précipita vers la porte de sortie, mais le bus démarrait. Il vit la femme disparaître dans la foule puis le bus obliqua... Il retourna s'asseoir au fond du bus.
Le vol SX021, en provenance de Berlin Tegel, passa au-dessus de la vieille ville.
Les nuages s'étaient dissipés, le soleil commençait à chauffer l'air. Les philadelphus embaumaient, de leur parfum enivrant et entêtant les rues de la ville verte.
L'Été, le bel été s'installait...

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22 mai 2017

Une journée d'été

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Danielle Richard 4

 Il marchait d'un pas rapide. Les deux pneus de sa Trans Am étaient crevés, quand il avait voulu reprendre la route après une courte pause cigarette.Son téléphone était inutilisable, il n'y avait pas de réseau. Il avait aperçu à travers les arbres d'un parc une villa. Il courait presque. Il avait un rendez-vous important avec son éditeur. L'Été, le bel été s'était installé. La journée était radieuse. Il arriva en vue de la maison. Il respira. Volets et fenêtres étaient ouverts, il y avait donc quelqu'un. Il pourra appeler un garage et prévenir son éditeur qu'il serait en retard pour la conférence de presse. Une fillette, campée devant la porte d'entrée lui faisait des signes. Il buta sur la racine d'un chêne. Il réussi à éviter la chute. Quand il se rétabli totalement, il écarquilla les yeux. La maison était close, portes et volets fermés. Il s'approcha de la porte et frappa. La maison semblait vide. Il senti un souffle chaud dans le coup. Il se retourna. La fillette qui lui avait fait des signes se tenait à quelques mètres de lui. Des oiseaux se chamaillaient sur un arbre. Un seconde d'inattention et la fillette avait disparu. Soudain il l'a vit à l'orée de la forêt. Il se mit à courir et la suivi dans un dédale d'arbres et de fougères. Ils arrivèrent dans une clairière, un étang occupait une partie de l'espace. Le silence était absolu. Un coup de tonnerre retentit. Il leva la tête. Le ciel était d'un bleu limpide. Soudain, il vit la fillette dans l'étang. Elle était en train de se noyer. Il se jeta à l'eau pour la secourir. La fillette le saisit au poignet. Il entendit un ricanement et il fut entraîné au fond de l'étang. La surface retrouva le calme et les oiseaux reprirent leur gazouillis...

Fréhel - Si tu n'étais pas là

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15 mai 2017

Les borborygmes nocturnes - ADDICTION

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L'Andante con moto, du trio en mi bémol Majeur pour piano et cordes no 2 op. 100 de Schubert berçait la rue. Ce mouvement lent, d'une infime désespérance, chez Schubert, la joie est factice, rapidement l'âme de l'auditeur est plongée dans un état de tritesse, de découragement, provenait d'un petit appartement, où, un trio d'amateur de musique de chambre se réunissait tous les lundis, pour disséquer les partitions de Schubert.
Non loin de là, sous les arcades, un minuscule restaurant avait installé quelques tables pour accueillir les éventuels fumeurs de havane.
Tous les soirs, peu avant la fermeture de l'établissement, une femme, vêtue de blanc, toujours inquiète, prenait place à une table. Elle tremblait. Elle se faisait des reproches d'être à cet endroit. Elle avait promis de diminuer la dose journalière, promesse jamais tenue. Tout au long de la journée, elle devait trouver des stratagèmes pour s'adonner à sa boisson favorite. Elle avait honte. A chaque gorgé elle se disait que c'était la dernière...
Le serveur dès qu'il la voyait arriver préparait la commande.
Un pluie fine se mit à tomber. L'Andante con moto n'en était que plus lugubre. Le dame vêtue de blanc éclata en sanglot. Elle se jura que c'était la dernière fois.
Le serveur arriva avec son plateau.
- Voilà votre boisson, madame.
Elle s'empara de la tasse et bu avec frénésie la boisson qui la plongeait dans la dépendance, le café!
Un chat de gouttière rasait les murs pour éviter la pluie..

L'Andante con moto:
https://www.youtube.com/watch?v=e52IMaE-3As

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08 mai 2017

La folle semaine 2/7 - Roméo et Juliette (version XXIe siècle)

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com
harold harvey

 Il était en tenue d'été, couché dans l'herbe d'un parc parisien. Quelques fleurs de dent-de-lion égayaient la pelouse. Certaines fleurs étaient déjà en graine. Ce sont ces boules blanches qui s'éparpillent quand on souffle dessus, ce geste est immortalisé sur la couverture du Larousse, avec cette maxime, écrite au-dessus des graines qui s'envolent, "je sème à tout vent".
Elle était assise à côté de lui.
- Si on se mariait, lança-t-elle d'un ton des plus sérieux.
Il lui tendit une fleur en graine.
- Oui, je sais, c'est impossible, ajouta-t-elle.
- Tu imagine le scandale dans nos familles dit-il en souriant.
Elle souffla sur la boule de graines. Des dizaines de petits parachutes, poussés par le vent envahirent une plate-bande.
- Alors que faire? Soupira-t-elle.
- On a plus qu'à se jeter du haut de la Roche de Solutré... Ironisa-t-il.
- Et rejoindre Jeanne au paradis ajouta-t-elle.
Un bref bip retentit. Il consulta l'écran de son téléphone, se leva d'un bond. Elle se leva aussi.
- Je dois partir. Je viens de décrocher un job et un appartement.
Ils s'embrassèrent langoureusement.
- A dans cinq ans, Marine
- Salut, Emmanuel.
D'un pas nonchalant, la veste sur l'épaule, il se dirigeait vers le No 55 de la rue du Faubourg Saint-Honoré...
(A suivre)

Conclusion: ICI



P.-S. Le plus grand froid d'un mois de mai, en Suisse, au XXe siècle, a eu lieu il a 60 ans, le 8 mai 1957. Il avait fait -8 degrés à Berne. Les dégats avaient été considérables dans tout le pays.

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01 mai 2017

Essai

  • Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com


ian ledward 47

... Ma grand-mère nous racontait que notre grand-père et son père fauchaient à La faux, en six semaines, l'herbe, qui séchée et engrangée, servira de fourrage pendant l'hiver. Cela se passait dans les années 1915, mon grand-père avait 13 ou 14 ans. Dans ce village, au pied du Chasseral, personne n'avait les moyen d'avoir 15 ou 20 faucheurs. Les faucheurs, faux sur l'épaule, passaient de ferme en ferme pour se faire engager une ou plusieurs journées. 
la faux doit être bien aiguisée et il ne faut pas toucher le sol. Le faucheur porte à la ceinture un coffin rempli d'eau contenant la pierre à aiguiser. Il faut régulièrement aiguiser la lame. J'ai dans l'oreille le bruit exact de l'aiguisage. Mon père m'avait enseigné les rudiments du maniement de la faux. Je n'avait guère progressé.

Il y a 100 ans aujourd'hui que naissait Danielle Darrieux...

... La belle lumière du soir s'installe en fin d'après-midi. Très présente en été, elle se fait plus discrète en hiver. Ce sont ces instants où le temps semble arrêté, une quiétude baigne le décor. La fenêtre est ouverte, une odeur d'herbe coupée flotte dans l'air. Les oiseaux tiennent des discours incompréhensible et le tracteur du paysan voisin ronronne. Une souffleuse déverse l'herbe coupée et rassemblé en andins réguliers dans un char. Les vaches seront nourries de ce fourrage frais le lendemain à l'heure de la traite matinale.

De nos jours, tout est différent. Je pourrais paraphraser le poète Gustave Roud, qui à la fin des années 1950 parlait "des campagnes perdues". Perdues signifiant pour lui rattrapée par la modernité. Il pleurait ses chères faucheurs disparus, remplacés par des machines. Ce sont les logiciels qui pilotent l'organisation d'une ferme. La belle lumière du soir, électron libre, échappera toujours à l'appât du gain. Rêvons encore un peu...

 

 

Armand Mestral le credo du Paysan

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03 avril 2017

Poisson d'avril - Pochade

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Mrs Fields original on Fealing Lin Watercolors
Toc, toc
-Entrez
Un gamin se tenait debout en se tortillant.
-Toto, tu n'as pas fait ton devoir du lundi? Demanda la directrice de l'école.
Elle se tenait derrière son bureau, juché sur une estrade. Elle était toujours vêtue de façon extravagante. Cela contrastait avec son caractère sévère. Elle portait des lunettes oblongues à la monture en bois d'olivier. Des rubans multicolores flottaient dans ses cheveux. Des colliers de pacotille pendaient à son cou. Une robe en taffetas, de couleur mauve-brun habillait son corps beau... Elle écoutait son pianiste préféré à longueur de journée sur son téléphone portable. Aujourd'hui, Dinu Lipatti jouait des valses et des mazurkas de Chopin, un enregistrement de 1950.
-Non, répondit le gamin.
-Et l'excuse cette semaine?
-J'ai été à la pêche avec mon père!
-A la pêche aux moules, moules, je suppose.
-Non, à la pêche aux poissons.
-Quel poissons?
-Poisson d'avril, Madame la directrice. J'ai fait mon devoir.
Toto brandissait des feuillets.
- Pose ces feuilles sur mon bureau.
Un ange passa, flap, flap, flap... (bruit d'aile froissée)
-Mais qu'est-ce que c'est que ce charabia? Demanda la directrice, visiblement en colère.
-C'est une mouche qui a fait mon devoir, Madame la directrice. Elle a marché dans l'encrier, ensuite elle s'est promenée sur mes feuilles.
-Je vois bien, c'est des pattes de mouche.
Elle se leva et alla chercher un bonnet posé sur une étagère.
-Madame, regardez, Jules.
Le chat du collège, installé sur le bord extérieur de la fenêtre faisait sa toilette. La directrice tira le rideau. Elle mit le bonnet sur la tête de Toto. C'était écrit âne sur le devant et le bonnet de laine d'acier avait deux oreilles d'âne.
Un ange repassa, flap, flap, flap... (bruit d'aile froissée), il avait oublié son casse-croute.
-Au coin, jusqu'à lundi prochain, ordonna la directrice.
La sonnerie de la récréation retentit.
La directrice jeta un oeil dans le miroir. Elle arrangea ses colliers. Elle trouvait qu'elle ressemblait à Brigitte Bardot! Elle laissa Toto en compagnie d'un ange qui repassait ses ailes froissées, d'un chat prénommé Jules et de Dinu Lipatti.
Impériale, la directrice arpentait les couloirs de son école à l'heure de la récréation. Discrets puis de plus en plus bruyants, des rires emplissaient les étages au passage de la directrice. Toto avait réussi à épingler un grand poisson, qui tirait la langue, dans le dos de la directrice...


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