10 janvier 2018

Jardin

Brouillard

La brouillard se traîne dans le Seeland. Il fait cru. Les voitures circulent avec prudence sur la route de ce qui furent des marécages; région humide, infestée de moustiques et propice à la malaria. Au XIXe et au début du XXe siècle, les différentes corrections des eaux du Jura permirent à de grandes étendues de devenir des  terres arables et de chasser les épidémies, les marais asséchés rendaient le Seeland salubre.
Le soleil devient visible depuis les hauteurs du Landeron, là où meurt la garrigue. Quelques plantes spécifiques fait que la garrigue fini ici. Cette confidentialité botanique permet de rêver à la mer, qui bat la grève à des centaines de kilomètres des pentes du Landeron. 
Quelques kilomètres d'une route avec épingles, parcourue à la vitesse de l'éclair et c'est l'arrivée dans le village des vacances de mon enfance.
Le décor est immuable, au loin, Le Chasseral haut de 1606,2 mètres.
Le brouillard vient de se retirer,le jardin somnole. Une primevère, deux perce-neiges et la fleur d'un souci, maintenue par le gel,égayent la journée grise.

 Le jardin de Lignières vers 09:45...

Posté par jeanjacques666 à 22:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,


24 juin 2016

60e été - de Lignières au Landeron

Jeudi 23 juin 2016
A pied, par le chemin des écoliers, descente depuis Lignières au Landeron. La chaleur est intense, le thermomètre marque 33 degrés. Le sentier est en partie dans la forêt.
Quelques vers du "Dormeur du val" de Rimbaud ont été choisi par Brin De Broc pour débuter un article très documenté sur un métier devenu rare,matelassier (ICI). En cheminant dans la forêt, j'ai vu plusieurs trous de verdure où un soldat dont les narines ne frisonnent plus aurait pu reposer...
Cette descente à travers la forêt et les vignes permet de contempler les Alpes, le lac de Bienne et la bande de terre qui forme la presqu'île Saint-Pierre, où Rousseau se réfugia quelques temps. A cette époque là, c'était une île.
Cette courte randonnée, permet aussi d'évoquer le recueil de nouvelles de Robert Walser, "Seeland". Si le romancier et poète ne cite pas les lieux, c'est dans cette région que se déroule "La promenade" et les autres textes qui forment ce livre.

 

Posté par jeanjacques666 à 22:30 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 août 2011

Le Bouquet

Entre Le Landeron et Lignières, sur le sentier qui commence dans les vignes et s’achève dans la forêt, un élégant gentilhomme chemine. Vêtu d’un costume clair, coiffé d’un canotier, il porte un bouquet champêtre. Les abeilles ont adopté le tournesol, les bleuets ou les mufliers. Le va-et-vient des butineuses forme un long sillage derrière le bouquet qui lentement avance vers le village. Une sauterelle se repose sur la branche de chêne voisine de la sauge décorative avant de plonger dans l’inconnu forestier. Trois glands solidement tenus ne sont pas prêts de tomber sur le nez d’un dormeur rêvant de citrouille*.

Juste avant d’entrer dans la forêt, l’élégant gentilhomme avec une guêpe affamée à la boutonnière de son veston jette un regard sur le lac de Bienne. Un bateau accoste à Cerlier. Il cabotera jusqu’à la Ville de l’Avenir en passant par l’Ile St-Pierre.

Il fait très chaud. Aucun vent coulis n’agite les feuilles. On dit que les dernières garrigues viennent mourir ici, entre Le Landeron et La Neuveville. Si on ferme les yeux, on entend les cigales.

Le voyageur entre dans Lignières. Le village est silencieux. Les fontaines sont vides, muettes. L’eau manque, il n’a pas plu depuis longtemps.

Le gentilhomme entre dans une ferme « Au bas du village ». Le silence règne, personne dans les champs. Une porte-fenêtre ouverte laisse entendre des conversations dans le jardin. Le voyageur dépose le bouquet sur la table de la cuisine. Des figues cueillies le matin même à Beaulmes reposent sur un plat à gâteau couleur bleu nuit avec un liséré d’or. Elles sont arrivées dans un panier avec des pots de miel. L’endroit est un peu plus frais que les autres pièces. La machine à café est sous pression. Le gentilhomme tire une carte de visite de sa poche, arrache une plume à une oie qui passait, la taille en bec, trempe la plume dans l’encre de seiche et écrit : « Bon anniversaire ». Il signe « L’Eté, le bel été », avant que de s’évaporer en fumée bleue.

Lignières, ce 20 d’aoust de l’an de grâce 2011

*Référence au poème de La Fontaine "Le gland et la citrouille"

                                                                                         ******************************************************* 

LE GLAND ET LA CITROUILLE

 

Dieu fait bien ce qu’il fait. Sans en chercher la preuve
En tout cet Univers, et l’aller parcourant,
Dans les Citrouilles je la treuve.
Un villageois, considérant
Combien ce fruit est gros, et sa tige menue
A quoi songeait, dit-il, l’Auteur de tout cela ?
Il a bien mal placé cette Citrouille-là :
Hé parbleu, je l’aurais pendue
A l’un des chênes que voilà.
C’eût été justement l’affaire ;
Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.
C’est dommage, Garo, que tu n’es point entré
Au conseil de celui que prêche ton Curé ;
Tout en eût été mieux ; car pourquoi par exemple
Le Gland, qui n’est pas gros comme mon petit doigt,
Ne pend-il pas en cet endroit ?
Dieu s’est mépris ; plus je contemple
Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo
Que l’on a fait un quiproquo.
Cette réflexion embarrassant notre homme :
On ne dort point, dit-il, quand on a tant d’esprit.
Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.
Un gland tombe ; le nez du dormeur en pâtit.
II s’éveille ; et portant la main sur son visage,
Il trouve encor le Gland pris au poil du menton.
Son nez meurtri le force à changer de langage ;
Oh, oh, dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc
S’il fût tombé de l’arbre une masse plus lourde,
Et que ce gland eût été gourde ?
Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il et raison ;
J’en vois bien à présent la cause.
En louant Dieu de toute chose,
Garo retourne à la maison.

Jean de La Fontaine