Adriano's
Il pleut, c'est le reflux à l'intérieur de l'Adriano's. Les tables disposées sous les arcades sont désertées. Serrés comme des harengs en caque, les consommateurs boivent des cafés du Costa Rica, de Bolivie, du Congo ou un Malabar de l'Inde. Valse des journaux du dimanche, les deux présentoirs se vident ou se remplissent au gré de l'affluence. La NZZ am Sonntag et la Sonntasgzeitung donnent le ton de la semaine à venir. Nombre d'articles seront cités dans les journaux télévisés ou radiodiffusés, ou repris par la presse. La quarantième symphonie de Mozart s'échappe d'un haut-parleur situé au-dessus de la machine à café. Elle tente de s'imposer parmi les bruits de tasses qui s'entrechoquent, des conversations, des cris d'enfants. Dehors, dans la rue voisine, passe le parcours d'un événement annuel, la Course des femmes [Frauenlauf]. Venues de toute la Suisse, de 7 à 77 ans, elles s'élancent, par catégorie d'âge à travers la capitale. Un rayon de soleil se faufile dans une déchirure nuageuse. Une éclaircie s'annonce.
19 juin 2011
Adriano's
Berne
Eau pétillante
L'eau pétille dans le verre. De petites bulles, à une vitesse vertigineuse, se ruent à la surface où elles éclatent de rire en faisant pschitt!
Il fait beau.
Un vent agite les bambous en pot bordant la terrasse du restaurant ayant pignon sur la place de la gare. La chaleur enveloppe les consommateurs absorbés dans la lecture de la presse quotidienne.
Berne
"Tibits" 26.05.2011
XXIe siècle
Le zinc
Deux ventilateurs brassent l'air matinal. La porte de verre de l'Adriano's s'ouvre et se referme. Devant le zinc une poignée d'habitués les yeux embués, mal réveillés, boivent un doppio. Le breuvage, un café Malabar, arrache les consommateurs à leur somnolence.
Il fait beau.
Dans la rue passe un cortège de jeunes gens. Ils scandent des slogans antinucléaires. La manifestation improvisée s'engouffre dans la rue voisine, suivie d'un ruban de voitures et de bus...
Berne
Adriano's
24 mai 2011
Fin des temps
Dans la soirée de jeudi, une chute de neige a mis un terme à "la fin des temps". Silencieusement une armée de flocon a blanchi le décor. L'hiver arrive, l'hiver s'installe.
Depuis le wagon restaurant situé au milieu d'un train qui file vers Zurich, le voyageur admire le paysage immaculé. Un troupeau de chevreuils détale, effrayé par le bruit du chemin de fer.
Berne - Zurich, IC de 10H30
Une chute de neige a mis un terme à "la fin des temps". L'hiver s'installe. Songeuse, la mouette perchée sur la rambarde au bord de la Limmat hésite à passer chez le bottier.
Au bord de la Limmat à Zurich
Café
La nuit enveloppe la ville. Les environs du Palais Fédéral sont interdits. La présidente de la Confédération invite à dîner le président turc ainsi que quelques initiés triés sur le volet.
Pour échapper à ces mondanités, descente sans les sous-sol d'une maison antique où est installé le café Roma. Le cappuccino y est délicieux.
Berne, 25.11.10
Hiver
Le ciel, las, traîne son spleen au-dessus de la ville. Le froid transforme ses larmes en cristaux. Les flocons forment un édredon sous lequel les maisons grelottantes se blottissent. Dans la cour, le tilleul mutilé par les bûcherons somnole. Dans la cuisine, un voyageur de retour de l'île de Ré lit des vers de Mallarmé alors que la cuisinière s'affaire à préparer un solide déjeuner...
Berne, le 27.01.2010
XXe siècle!
En wagon
Le paysage blanchi par des chutes de neige industrielles dessine une tache blanchâtre dans la nuit qui s'avance. Une sonate de Schubert égrenée par un piano mécanique plonge les voyageurs du wagon restaurant dans une indicible tristesse. Le train file sur les rives du Léman. L'hiver s'est installé...
En wagon, Genève - Berne
L'Eté, le bel été
Place de la Gare.
Sous un parasol, sur une table éclairée par un luminion, un espresso gelato attend son heure. La nuit installée depuis longtemps est douce. Dans le ciel étoilé des parachutes dorés rapatrient des novas déchues, désastres financiers.
Une voiture de police, en trombe, zèbre la place de son gyrophare. Sirène hurlante, la maréchaussée poursuit l’Eté, le bel été jusqu’au tréfonds de l’arrière saison. Un silence précaire retombe sur la place. L’espresso gelato patiemment se réchauffe et la serveuse d’un ton décidé rappelle à l’ordre le convive endormi : « On ne dort pas ici ! » Une lassitude passagère et les paupières s’étaient fermées sur des rêves à la trame compliquée. Rêves qui se sont évanouis par un réveil brutal. Il faudra ruser pour voler quelques minutes de sommeil sans éveiller l’attention.
Dans l’indifférence, la place disparait bouffée par un trou noir généré par la collision de deux faisceaux fuyant à la vitesse de la lumière. Un sorcier dans un laboratoire improbable expérimente dans un tuyau d’arrosage les effets du vide sur l’antimatière!
Sur la carte au 1:100 000 un rectangle noir grossissant à vue d’œil indique le lieu de la disparition du dormeur.
10.09.2008
"Tibits"
Berne












