10 juin 2017

Nocturne

La mort est si proche
à chaque aube
que je la sens
monter en moi
comme un fleuve
souterrain
qui charrie
dans mon corps
ses éclats empoisonnés
la mort est si proche
quand je me tais
qu'il suffirait
d'une seconde d'oubli
pour qu'elle envahisse
mon sang
et me jette
dans une terre
sans soleil

Francis Giauque (1934 - 1965)

La nuit est bien avancée, la fenêtre de la cuisine est ouverte. J'écoute le Trio / Notturno, en mi bémol majeur, pour piano, violon et violoncelle "Triosatz" D897 de Schubert. Soudain, l'adagio débute et vous déchire l'âme. Le corps frissonne. Je suis mal barré, en écoutant cette musique d'une beauté vénéneuses, je lis des poèmes de Francis Giauque. Entre la musique et le texte, aucun répit pour le repos de l'esprit. Tout vacille, dans cette soirée d'été tiède.  Des effluves du philadelphus montent du jardin. Ce parfum entêtant s'ajoute au spleen ambiant. Pour rompre ces tourments de l'âme, je plonge mes lèvres dans une petite tasse blanche,  ma dose de ciguë, qui a pour nom café, m'y attend. Ce breuvage rompra le maléfice.
Au loin, un clocher égrène les douze coups de minuit...

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31 janvier 2017

SPLEEN

 

Jules      Laforgue (1860-1887) Spleen
(Le Sanglot de la terre,      1901)

Tout m'ennuie aujourd'hui. J'écarte mon rideau.      
En haut ciel gris rayé d'une éternelle pluie.      
En bas la rue où dans une brume de suie
Des ombres vont, glissant parmi les flaques d'eau.

Je regarde sans voir fouillant mon vieux cerveau,      
Et machinalement sur la vitre ternie      
Je fais du bout du doigt de la calligraphie.      
Bah! sortons, je verrai peut-être du nouveau.

Pas de livres parus. Passants bêtes. Personne.      
Des fiacres, de la boue, et l'averse toujours...      
Puis le soir et le gaz et je rentre à pas lourds...

Je mange, et bâille, et lis, rien ne me passionne...      
Bah ! Couchons-nous. - Minuit. Une heure. Ah ! chacun dort !      
Seul je ne puis dormir et je m'ennuie encor.

7 novembre 1880

Jules LAFORGUE–Spleen

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12 octobre 2014

Les colchiques - Guillaume Apollinaire

LES COLCHIQUES

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la
Violatres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

Guillaume Apollinaire

                                                              Photo prise le 28.09.14 à Sörenberg, au pied du Brienzer Rothorn

Posté par jeanjacques1957 à 22:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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19 juillet 2003

Sat

SMS reçu:
Ravi de recevoir de vos nouvelles cher poète, puissiez-vous profiter de la vacance de l'esprit. Prenez soin de vous...

Transmis par Sat le 19.07.03 à 23H23

Posté par jeanjacques1957 à 23:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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