La minuscule salle du "teecafé Schwarzenbach" ne désemplit pas. C'est une gageure de trouver une place sur les banquettes de velours grenat, velours élimé par le défilé des amateurs de café ou de thé. Un pouf de même tissu abandonné par un consommateur pressé, tel une bouée dans un naufrage sert de refuge au plus hardi. Un des murs sert d'habitation à un tableau de grande dimension. Un tableau totalement abstrait, où le blanc domine fait face à une pendule anglaise accrochée entre deux fenêtres. La serveuse louvoie entre les clients avec son plateau garni de café, de thé et d'assiettes de pâtisseries. Six lampes aux abats-jours inspirés des années soixante éclairent la salle. Derrière le bar, trois prêtresse s'activent pour le bonheur de leurs hôtes. Les journaux sont en lecture, les conversations feutrées se font et se défont. Au dialecte zurichois se mêlent des bribes de grec dispensées par des voyageurs.  A la belle saison, quatre tables installées devant la devanture agrandissent le nombre de places de ce café très prisé.