La mort du King

Dans la nuit du 16 au 17 août 1977, avec une bande de collègues, nous avions écumé les bars du quartier des Pâquis, à Genève, échouant au petit matin « Chez Blaser », ultime endroit ouvert. Il devait être cinq heures et, après les alcools, nous prenions un café en mangeant des croissants avant d’aller travailler. Jeunes et insouciants, il n’était pas rare que nous fissions une ou deux nuits blanches par semaine ! L’an deux mille était encore une utopie, l’ordinateur réservé aux voyages spatiaux et le téléphone ne songeait pas encore à une mobilité sans limite. L’humeur de la bande oscillait entre bâillements et gueule de bois. Dans le bar se mêlaient les lève-tôt et les couche-tard. Un vendeur de journaux entre dans la salle et propose « La Suisse », le quotidien de référence à l’époque. Il se plante au bout de notre table, mais nul ne bronche. Goguenard, je lui lance « Ce sont toujours les mêmes nouvelles ! ». Triomphant, il réplique « Non, pas aujourd’hui ». Il déplie le canard, nous sommes stupéfaits. Une grande photo d’Elvis s’étale à la une. Le King est mort. La nouvelle se répand dans le bar et les exemplaires s’arrachent…