Un été au pied des Alpes - Encore un beau dimanche
DIMANCHES
Des champs comme la mer, l'odeur rauque des herbes,
Un vent de cloches sur les fleurs après l'averse,
Des voix claires d'enfant dans le parc bleu de pluie,
Un soleil morne ouvert aux tristes, tout cela
Vogue sur la langueur de cet après-midi..
L'heure chante. Il fait doux. Ceux qui m'aiment sont là..
J'entends des mots d'enfant, calmes comme le jour.
La table est mise simple et gaie avec des choses
Pures comme un silence de cierges présents..
Le ciel donne sa fièvre hélas comme un bienfait...
Un grand jour de village enchante fenêtres...
Des gens tiennent des lampes c'est fête et des fleurs..
Au loin un orgue tourne son sanglot de miel...
Oh je voudrais te dire...
Pour la musique
Léon-Paul Fargue
Éditions Gallimard, 1944
Un été au pied des Alpes - VESPA WORLD DAYS, du 15 au 18 juin 2023 à Interlaken
La première réunion de Vespa a eu lieu à Paris en 1954.
Cela fait 33 ans que "Les Vespa World Days" se sont déroulées en Suisse pour la dernière fois.
Aujourd'hui, par un temps splendide, les Vespa se voyaient sur toutes les routes aux alentours d’Interlaken. Des Italiens sont même passés devant le Versa, à Berne.
Le car postal de 16h04 s’est fait doubler par une dizaine de machines, en pleine montée ; les Vespa fonçaient en direction du petit village dans les montagnes.
Un village en pleine effervescence ce samedi de juin. Les chars de foin, nous sommes en pleine fenaison, un car de touristes venus découvrir la fabrique de cors des Alpes, des Vespa du Portugal, d’Allemagne, d’Angleterre et de plusieurs cantons suisses, une soirée country sur la terrasse du restaurant.
Interlaken

Un été au pied des Alpes - Embrasse-moi
La belle lumière du matin, un dimanche
Lignières, le jardin
C’était dans un quartier de la ville Lumière
Où il fait toujours noir où il n’y a jamais d’air
Et l’hiver comme l’été là c’est toujours l’hiver
Elle était dans l’escalier
Lui à côté d’elle elle à côté de lui
C’était la nuit
Ça sentait le soufre
Car on avait tué des punaises dans l’après-midi
Et elle lui disait
Ici il fait noir
Il n’y a pas d’air
L’hiver comme l’été c’est toujours l’hiver
Le soleil du bon Dieu ne brill’ pas de notr’ côté
Il a bien trop à faire dans les riches quartiers
Serre-moi dans tes bras
Embrasse-moi
Embrasse-moi longtemps
Embrasse-moi
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c’est maintenant
Ici on crèv’ de tout
De chaud de froid
On gèle on étouffe
On n’a pas d’air
Si tu cessais de m’embrasser
Il me semble que j’mourrais étouffée
T’as quinze ans j’ai quinze ans
À nous deux on a trente
A trente ans on n’est plus des enfants
On a bien l’âge de travailler
On a bien celui de s’embrasser
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c’est maintenant
Embrasse-moi !
Poème de Jacques Prévert
Extrait de « Histoires et d’autres histoires »
En été 1933, Prévert voyage en Tchécoslovaquie dans le Tatras. Il y écrit « Embrasse-moi » et « La Pêche à la baleine »
Un été au pied des Alpes - Le jardin de Lignières
Un été au pied des Alpes - L'Été, le bel été
Un été au pied des Alpes - Journal
Jeudi 8 juin 1933
Journée transparente, pure et chaude, mais fraîchie pourtant par une bise infatigable.
Matin dans le verger de Lucien : correspondance. Causeries avec Lucien, sa femme, sa mère.
Olivier remonte de Moudon vers 10 heures et pendant que je lui crie bonjour, sa femme et son beau-père endimanchés à la hâte surviennent et le remmènent avec eux en hâte vers Moudon où des marchands machinent contre eux quelque chose.
L'après-midi : un électricien m'emmène voir des poteaux à déplacer - sur nos terres.
Commandes de graines.
Le soir, je repars vers V[ucherens]. Olivier fauche, je désandagne* jusqu'au soleil couché. Fin du jour d'une beauté inouïe, les chevaux, Olivier, l'herbe même, cuivrés et dorés richement par la lumière déclinante.
(L'après-midi, enterrement de la petite Laeser - Mon éloignement astronomique de tous ces hommes, du pasteur plus encore. Pas la moindre émotion : ces instants de sécheresse me consternent)
Gustave Roud
Journal 1916 - 1976
Œuvres complètes Volume 3
Éditions Zoé, octobre 2022
*Défaire (les andins) à la fourche, au râteau (DSR, Dictionnaire suisse romand, particularités lexicales du français contemporain, éd. André Thibault, Carouge-Genève, Zoé, 2012)
Un été au pied des Alpes - Le Niesen vu depuis le train
À Interlaken West, on peut monter dans un ICE de la Deutsche Bahn à 10h05 et en ressortir à 19h51, rendu à Hambourg-Altona. Je voyage souvent dans ce train de plus de 200 mètres de long jusqu’à Berne. Aujourd’hui j’ai quitté le wagon-restaurant à Bâle. Les croissants sont au beurre, délicieux, et ils aident à faire passer un café juste buvable.
La carte propose des plats allemands à petits prix comparé aux prix affichés sur la carte des CFF* ! Les prix sont en euros et en CHF.
Le personnel est allemand et les voyageurs passent leur commande en dialecte bernois. Les serveurs ne comprennent pas : « I hätti gärn a kaffee creme un as Gipfeli » ! Finalement l’affamé passe à l’allemand, tout surpris de ne pas être compris. Au moment de payer, le Bernois sort fièrement un bon émis par les CFF*. Un bon reçu à Noël, ou gagné à un concours, ou trouvé dans une salle d’attente, un bon qui va couvrir les frais de son café crème et de son croissant. Il s’est installé spécialement au wagon-restaurant, qu’il ne fréquente jamais, parce que se sera gratuit. Une immense déception se lit sur son visage lorsque le serveur refuse le bon. La DB n’accepte pas les bons d’autres compagnies ! Déçu, le voyageur marmonne des grossièretés en dialecte et sort un billet de 20 francs pour régler la consommation. Balloté entre deux langues, voyageant dans un train qu’il croyait suisse, il laisse tout de même un généreux pourboire de 2 francs. Il rigole dans son for intérieur, le bon n’est pas dépensé, il pourra retourner au wagon-restaurant.
*CFF : Chemins de fer fédéraux
Photographies : Le croissant au beurre et le Niesen vu du train






















