Parmi les pommes d’or que frôle un vent léger Tu m’apparais là-haut, glissant de branche en branche, Lorsque soudain l’orage accourt en avalanche Et lacère le front ramu du vieux verger.
Tu fuis craintive et preste et descends de l’échelle Et t’abrites sous l’appentis dont le mur clair Devient livide et blanc aux lueurs de l’éclair Et dont sonne le toit sous la pluie et la grêle.
Mais voici tout le ciel redevenu vermeil. Alors, dans l’herbe en fleur qui de nouveau t’accueille, Tu t’avances et tends, pour qu’il rie au soleil, Le fruit mouillé que tu cueillis, parmi les feuilles.
Emile Verhaeren
22h59, un coup de tonnerre retenti dans le petit village dans les montagnes Grosse averse Plusieurs éclairs Coups de tonnerre La saison des orages commence
Ici, ils sont toujours très violents Nous sommes dans les Préalpes, à une encâblure des Alpes La météo change très rapidement Il faut surveiller le ciel quand on part en randonnée, surtout en été
Ce n’est pas une fantasmagorie due à l’excès de doppios bus au Versa bar, la girafe qui fait le pied de grue sur les marches du théâtre de la Ville fédérale est habillée par un grand couturier de Paris. Une chapka en peau de castor et une écharpe en vigogne réchauffent son cou interminable quand le mercure s'enfuit de son tube de verre.
Hommage à la géographie ancienne
Cartulaire de mon cœur paroles du monde ancien vieux mots usés et sages qui pour un temps m'aviez fait compagnie et si souvent porté secours d'où me revenez-vous ce soir ? bourdonnants, suspendus à mon cou flammèches ou abeilles sur l'étole du prélat défroqué
Mots du secret, du souci et de l'ombre murmures, portée de rats, fourrure du souvenir frileusement nichés sur mes genoux que d'anxiété dans ces brillantes prunelles qu'attendez-vous encore de moi? voilà si longtemps que nous nous sommes quittés
Il fait noir dans la cuisine un peu d'alcool brille au fond du verre tu te tais alors qu'il faudrait que tu hurles Judas des mots et tu n'as pas fini de payer ton silence
Genève, hiver 1977 « Le dehors et le dedans » Nicolas Bouvier
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d’été si doux : Au détour d’un sentier une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point, Et de rendre au centuple à la grande Nature Tout ce qu’ensemble elle avait joint;
Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s’épanouir. La puanteur était si forte, que sur l’herbe Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, D’où sortaient de noirs bataillons De larves, qui coulaient comme un épais liquide Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague Ou s’élançait en pétillant On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague, Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique, Comme l’eau courante et le vent, Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve, Une ébauche lente à venir Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète Nous regardait d’un œil fâché, Épiant le moment de reprendre au squelette Le morceau qu’elle avait lâché.
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, A cette horrible infection, Etoile de mes yeux, soleil de ma nature, Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces, Après les derniers sacrements, Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses, Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine Qui vous mangera de baisers, Que j’ai gardé la forme et l’essence divine De mes amours décomposés !
Reste. N'allume pas la lampe, Que nos yeux S’emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse De leurs ondes sur nos baisers silencieux.
Nous sommes las autant l’un que l’autre. Les cieux Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse. Voluptueusement berçons notre faiblesse Dans l’océan du soir morne et délicieux.
Lente extase, houleux sommeil exempt de songe, Le flux funèbre roule et déroule et prolonge Tes cheveux où mon front se pâme enseveli…
Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes, Quel long fleuve de paix léthargique et d’oubli Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.
Catulle Mendès Extrait de « Soirs moroses »
Ce poème figure dans l'anthologie des poètes français contemporains, tome premier, Paris Delagrave éditeur, 1918
Spiez La piscine ferme ses portes en fin d'après-midi, la saison s'achève.
Quoi de neuf ? Sonate d'automne, nuit fraîche, une couverture grise dans le ciel empêche les étoiles de voir la lune pleine.
Rentrer, le soir
Une allée de jardin botanique, avec beaucoup de ciel rouge au-dessus des arbres humides. Et un père, une mère des aciéries qui y ont mené leur petit enfant.
Puis, du côté du soir, les toits sont une main qui tend à une autre main une pierre.
Et c’est soudain un quartier de boutiques basses et sombres, et la nuit qui nous a suivis pas à pas a un souffle court, qui cesse parfois ; et la mère est immense près du garçon qui grandit.
Brûlée par un dernier amour, je reste debout dans l’automne. Dans le vent d’automne habillée de noir. bordée de noir, le noir des halliers. Mais mon cœur est rouge comme la feuille du perruquier, mes mains sont deux chrysanthèmes. Et je ris de mon dernier amour, un amour d’automne ! Je ris et je pleure. Amour plus amer qu’un fils, plus dur qu’un père, plus doux que la colombe. Plus secret qu’une tombe.
S. Corinna Bille
Photographie : Premier jour d'automne dans le petit village dans les montagnes
L'été chantait sur son roc préféré quand tu m'es apparue, l'été chantait à l'écart de nous qui étions silence, sympathie, liberté triste, mer plus encore que la mer dont la longue pelle bleue s'amusait à nos pieds. L'été chantait et ton cœur nageait loin de lui. Je baisais ton courage, entendais ton désarroi. Route par l'absolu des vagues vers ces hauts pics d'écume où croisent des vertus meurtrières pour les mains qui portent nos maisons. Nous n'étions pas crédules. Nous étions entourés. Les ans passèrent. Les orages moururent. Le monde s'en alla. J'avais mal de sentir que ton cœur justement ne m'apercevait plus. Je t'aimais. En mon absence de visage et mon vide de bonheur. Je t'aimais, changeant en tout, fidèle à toi.
- Mais... c'est l'intervention de cette grosse femme... C'est un ptit peu... enfin... ça va très loin.
- C'est là que je me rends compte que malheureusement, je vous ai beaucoup moins bien réussi que le porc.
Pierre et Thérèse.
Le père Noël est une ordure