Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Rêveries
lakevio
16 janvier 2017

Supertramp est un groupe de rock progressif anglais, fondé à Londres en 1969

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com


belinda del pesco
Belinda del Pesco

Supertramp est un groupe de rock progressif anglais, fondé à Londres en 1969

Le saphir toucha le fond du sillon, les premières notes de l'album mythique "Breakfast in America" emplirent le salon. Le volume sonore bas permettait d'entendre le tic-tac de la pendule installée sur le marbre de la cheminée.  La position des aiguilles indiquait 15h35. Le vol SX0301 en provenance d'Amsterdam passa au-dessus de la maison. Dans quelques minutes, le Fairchild Dornier 328-110 toucherait la piste avec un quart d'heure d'avance sur l'horaire prévu. Le disque de Supertramp tournait à 33 tour 1/2 minute. Elle, elle était allongée sur le canapé, lui, il était assis. Il avait passé ses jambes par dessus les jambes d'elle. Il lisait. Dehors, il neigeait. La Ville fédérale somnolait. Les abords du Palais fédéral étaient bouclés. La visite d'Etat du président chinois Xi Jinping met en ébullition les autorités fédérales. L'impair de 1999 ne peut se répéter. Tout le monde se souvient de l'arrivée de Jiang Zemin sous la coupole. Il vociférait en anglais. Hurlait que sa sécurité n'était pas garantie, qu'il voulait voir le chef de la police, un incapable à ses yeux. Le conseil fédéral in corpore, glacé d'effroi, avait cru, l'espace d'un instant, avoir un nouveau président. Un groupe de Tibétains manifestaient sur un toit surplombant la place. L'incident diplomatique fut évité de justesse. Ce n'est pas facile de voyager en démocratie!
Le disque grattait un peu. 
Elle: Tu m 'aimes?
Lui: Oui
Elle, la moue rieuse: Tu aimes mes fesses?
Lui: Oui
Elle: Tu aimes mes seins?
Lui: Oui.
Elle: Tu aimes ma bouche?
Lui: Oh! Ca va la Bardot!
Elle: Tu as toujours méprisé Godard...
Elle étira ses bras et se servit un verre de Montus 2010. Supertramp attaqua "Goodbye Stranger".
Lui: Max Frisch dactylographiait son journal berlinois sur des feuilles quadrillées. Il note en mars 1973 "Parfois je m'étonne à l'idée d'avoir bientôt 62 ans. Aucune sensation corporelle, je ne sens pas que d'ici quelques années ce sera la fin. Comme lorsqu'on jette un coup d'oeil à sa montre: il est déjà si tard?"
Elle: Si on additionne nos deux âges, on arrive à 62 ans! On a le temps...
Il lui caressait les cuisses.
Lui: Et tes cuisses, tu ne m'a pas parlé de tes cuisses.
Elle lui tira la langue. Elle lui tendit son verre de vin.
Elle: Enivre-toi.
Lui: Tu as 31 ans, comment se fait-t-il que tu connaisse Godard?
Elle: Et toi, à 31 ans pourquoi lis-tu le journal berlinois de Frisch?
La face A du disque s'acheva. Le vinyle s'arrêta.
Elle: Tu vas tourner le disque?
Lui: Non. On va boire un café à l'Adriano's.
Ce fut la ruée vers le vestibule. Ils s'habillèrent chaudement. Sur le palier il trouvèrent Léo, le chaton jaune des voisins du dessous. Le jeune félin ronronnait et se frottait dans les jambes de ces potentiels pourvoyeurs de caresses ou de nourritures. 
Elle: Léo, tu fais ta Bardot?
Elle et lui éclatèrent de rire et, devant l'incurie de l'ascenseur, dévalèrent les escaliers en riant de plus belle. Léo se mit en boule sur le paillasson et sembla bouder. 
A l'Adrianos bar, ils apprirent l'élection du vert, Alec von Graffenried, issu d'une des plus vieille famille patricienne bernoise, comme maire de la ville. Elle et lui tombèrent sur des amis. Ils firent quelques égoportraits, puis quittèrent le bar pour aller boire des bulles dans des flûtes en cristal de Bohême...
Le générique de fin se déroulait sur une chanson de Ferré, chantée par Catherine Sauvage: "Est-ce ainsi que les hommes vivent?", tandis que le président chinois foulait le sol helvétique.
La ville verte grelottait, le mercure chutait dans son tube de verre... La nuit fut glaciale.

28 mars 1968
Catherine SAUVAGE chante "Est-ce ainsi que les hommes vivent?", poème de Louis ARAGON, musique de Léo FERRE

 

20 décembre 2016

Hier, lundi..

Eurypyle (Détail) John William Godward 1921

Chère Lakevio (ICI)

Hier, je n'ai pas fait "mon devoir" comme dit M. Le Goût. J'ai écouté du jazz. Un album de 1987 "No Pain for Cakes" du groupe The Lounge Lizards. C'était magnifique. Le tableau du lundi trône dans le salon. J'aime cette beauté aux lèvres... Le haut de sa robe évoque les coquelicots. Les lèvres...
Hier, je n'ai pas fait "mon devoir" comme dit HB. J'ai écrit une longue lettre à mon vieil ami A (ICI). Je lui ai raconté, centimètre par centimètre les lèvres de la jeune femme du tableau, en écoutant du jazz. Des lèvres...
J'ai accroché le tableau au mur du bureau. J'ai branché le clavier de l'ordinateur au tableau et je converse avec le belle inconnue. Je lui ai fait découvrir le jazz. Je rêvasse, les heures bleues passent. Le brouillard est descendu sur la Ville fédérale. Minuit a sonné à la pendule du salon. Je n'ai toujours pas fait mon devoir. La police de la toile virtuelle patrouille. Elle a remarqué que mon écran est blanc.Elle va intervenir. Je coupe la virtualité.
Les lèvres de la belle inconnue murmure: "Bonne nuit"...

12 décembre 2016

Les quatre heures

Jasmine Hsiao Hui Huang
Aquarelle de Jasmine Huang

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

À tante May (18.. - 1965)



Dans la campagne, le temps semblait suspendu. Le brouillard s'était retiré du côté des anciens marais. Les Alpes barraient l'horizon. Le soleil rasant, ombrait l'impressionnante barre rocheuse dentelée; le décor ressemblait à une toile de Hodler.

L'envol d'un avion à destination de Münich troubla le silence. Des chiens aboyèrent avec rage, des corneilles répliquèrent, un cheval éleva de la voix et le bêlement d'un mouton mis fin à ce vacarme. 
Les arbres nus attendaient la neige. Les flocons, qui ne devraient pas tarder, marqueront l'entrée dans l'hiver et précipiteront "la fin des temps" dans l'oubli.
Sur le chemin gelé, qui serpentait entre les parcelles labourées, une silhouette se déplaçait avec rapidité. Une grande dame, vêtue d'un manteau gris pastel, perdue dans ses pensées, regagnait la ville. Une écharpe bleu royal, nouée autour de son cou, rappelait le ciel d'été, du Bel Été disparut. Les battements d'ailes d'un papillon, qui s'accrochait au ruban de son chapeau, régissaient le monde. Elle aimait cette courte période entre la fin de la chute des feuilles et les premières neiges. Dans les pays germaniques, on l'appelle "la fin des temps". Chaque année, elle songeait de peindre un tableau de ce décor mort et silencieux. Chaque année, elle s'était lancée dans d'autres projets. 
Dans la cité, envahie par la nuit, une brume s'était formée. Les lumières de Noël faisaient des halos dorés dans les rues. Aux carrefours, l'armée du Salut avait dressé des marmites pour recevoir l'obole des passants. La grande dame tourna la clef dans la serrure d'une imposante porte en bois massif. Un chat jaune se frotta dans ses jambes en miaulant. Elle le caressa au creux du cou puis l'éloigna de l'entrée. 
Elle entra dans une grande pièce. Elle avait transformé une resserre, contiguë à sa maison, en atelier de peinture. 
Par la grande fenêtre, les arbres du parc, perdus dans la brume, ressemblaient, avec quelques feuilles suspendues aux branches, à des pantins dégingandés. Quelqu'un dans l'ombre manipulait les ficelles. Les feuilles, jaunies et à l'agonie, tremblotaient. 
La grande dame avait dressé sur la table, devant la fenêtre, un arrangement qui ressemblait à une nature morte. Des roses, disposées dans un vase de grès blanc, côtoyaient des bouteilles d'eau de vie, un panier remplit de pain aux noix. Des oranges de la Chine attendaient sur une coupelle. Des bols étaient garnis de confiture aux groseilles à maquereau et aux cerises. Sur un réchaud, l'eau chantait pour le thé. 
Sur l'électrophone un microsillon tournait à 33 tours 1/2 par minute. Un saphir puisait dans les sillons une musique composée par Camille Saint Saëns. On reconnaissait le prélude de l'Oratorio de Noël.
La grande dame, encore vêtue de son manteau se tenait devant un chevalet. Elle peignait les nuits d'Orient. Ces nuits d'encre parsemées de millions de points lumineux. Une étoile filait, la brise marine agitait les palmes des dattiers, trois chameaux avançaient avec élégance, ils guidaient trois rois vers une destination mystérieuse...
La cloche tinta. Les invités arrivaient pour "les quatre heures". Elle regarda le tableau, satisfaite, elle le retourna. Elle déposa le papillon qui logeait sur le ruban de son chapeau sur la corolle d'une rose, prépara le thé et alla ouvrir. Margaret et Irwin entrèrent. Dans la rue passa un chenapan qui cria, "bonjour madame". Il tira la langue et détala en chantant à tue tête, " De bon matin, j'ai rencontré le train  de trois grands rois qui partaient en voyage. De bon matin..."  Les pneus d'une Buick Riviera, noire, modèle 1971, crissèrent, le bêlement d'un mouton mis fin à ce vacarme. 
La porte de l'atelier se referma. Les premiers flocons dansaient dans la brise marine. L'hiver...
5 décembre 2016

Drôle de drame

 Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

--------------------------////--///////------------------

Mes Chers

J'ai passé la fin de semaine chez mes amis, les M. 

 

Margaret cuisine un canard à l'orange divin. Archibald, son évêque de frère, toujours aussi bizarre, ne manquerait pour rien le dîner. Il accapare le plat! Irwin, choisit avec soin les vins et les whiskies. Il écrit toujours d'épouvantables romans policiers sous le pseudonyme de F.C. On peut se procurer cette lecture dans les halls de gare. Leurs enfants, Eva et Billy, ont bientôt 30 ans. Ils vivent toujours avec leurs parents. Ces journées, passées en leur compagnie, sont reposantes.  

 

Tous les soirs il y a cette mystérieuse cérémonie dont les invités sont exclus et qui ne fait l'objet d'aucun commentaire. J'observe ce rituel depuis plus de trente ans. Peu avant le coucher du soleil, ils s'installent sur des chaises pliantes sur une petite terrasse à côté de leur maison. Toujours dans le même ordre, au premier rang, Eva, Irwin, Margaret et Archibald; Billy se tient derrière. Il déplie une grand feuille dactylographiée et lit à voix haute. La langue qu'il parle m'est totalement inconnue. Il y a ensuite un long silence et la soirée se poursuit comme si rien ne s'était passé. 

 

Je vous envoie une esquisse de ce tableau singulier.

 

Je vous embrasse

 

Edward

 

 

Été 1960

 

28 novembre 2016

Zibelemärit

john mckenzie_photo2
John McKenzie

 

Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

 

ZIBELEMÄRIT

Une salve de cris de canards envahi la pièce. Le téléphone portable clignotait et indiquait 04H10. La bise qui s’était levée la veille, s’engouffrait dans la chambre par l’œil de bœuf entrouvert. Il faisait froid, nuit, et l’envie de se lever n’était pas au rendez-vous. Il se retourna dans le lit bien chaud et renonça à quitter la couette. C’était son jour de congé. Sur la table de chevet un agenda était ouvert à la page du 28 novembre. Une note, laconique, écrite à l'encre bleue royale, indiquait: Zibelemärit. 

Les minutes passaient. Le silence régnait, troublé par intermittence par les rafales de bise.

Soudain, il se leva. Un appel irrésistible l’avait saisi, il fallait y aller. Il s'habilla chaudement et sorti. Il enfourcha sa bicyclette et, à grands coups dans le pédalier, se dirigea vers la gare. La bise le tirait peu à peu du sommeil. La pendule de la gare marquait cinq heures dix, quand il gara son vélo. Il y avait déjà foule dans le centre-ville. Le quatrième lundi de novembre, se tient, dans la Ville fédérale, le "Zibelemärit" (marché aux oignons). Les Bernois aiment y aller avant de partir pour leur travail. À partir de quatre heures, on boit du vin chaud, mange des tartes ou des soupes à l'oignon, les enfants font des batailles de confettis. Les stands, éclairés au siècle passé par de petits lumignons ou des bougies, proposent des tonnes d'oignons. De nos jours, l'éclairage électrique permet aux visiteurs matinaux de photographier l'oignon sous toutes ses coutures. 

Il se dirigea vers la Place fédérale. Il n'était pas venu depuis plusieurs années. Il marchait comme un automate. Il semblait ne rien voir de la fête. Il s'engagea dans une petite rue qui permettait de gagner le centre. Il s'arrêta. Devant lui, une rue qu'il ne connaissait pas. Il s'avança. Les maisons étaient délabrées. Sur une plainte en bois il pouvait lire ÉPICERIE. Des planches de bois en cachait l'accès. La rue baignait dans la grisaille. Le silence était total. Il se dirigea vers l'épicerie, tourna à gauche et se perdit dans un labyrinthe de ruelles. Tout semblait abandonné. Son cœur battait la chamade. L’architecture ne ressemblait pas à celle de la Ville fédérale. Il n'y avait pas de quartier abandonné dans la capitale. Une ombre disparut au détour d'une rue. Il hâta le pas dans l'espoir de rencontrer quelqu’un. Dans ce décor figé, il n’y avait pas âme qui vive. Il se sentait oppressé. Il voulut fuir, mais il ne reconnaissait rien, c'était un dédale de ruelles baignant dans une lumière grise. Il remarqua une flèche tracée à la craie rouge, il suivit la direction indiquée. Il lui sembla avoir senti un souffle. Il devait être près de la sortie. Un cri retenti. Il se retourna. Une lueur vacillait à l'étage d'un immeuble. Il hésita, entra dans la maison. Tout était abandonné, à moitié en ruine, désert, mais il ne voyait pas une trace de poussière. Seule une commode meublait la pièce. Une lueur jaunâtre éclairait une tache blanche. Il s'approcha. C’était une enveloppe. Il sursauta. Un léger souffle avait soulevé l'enveloppe. Instinctivement, il saisit la missive et la fourra dans la poche de sa veste. La lueur s'estompa. Il sortit rapidement de la maison. Une panique le saisi. Il fallait qu'il sorte. Il se mit à courir. Tout se ressemblait, impossible de savoir quel chemin suivre. Il était en sueur. Un éclair violent, l'espace d'une seconde éclaira un coin de rue qui lui était familier. Il se retrouva dans la rue qu'il avait quittée tout à l'heure. Il s'appuya contre le mur. Un gamin le bouscula. Il sentit que le chenapan se saisissait de l'enveloppe. Il tenta de le rattraper, mais ce fut plus qu'une ombre qui agitait l'enveloppe. Puis tout disparu. Il se massa la nuque. Il consulta son téléphone pour savoir l'heure. En fond d'écran, il y avait un tableau représentant une rue abandonnée. Sur la devanture de ce qui avait du être une épicerie, quelques mots étaient tracés à la craie rouge : MERCI DE NOUS AVOIR AIDÉS.

21 novembre 2016

VARIATIONS SUR UN POÈME DE PRÉVERT

"Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là"

Un haut-parleur planté sur la place diffusait, dans un grésillement, une annonce presque inaudible : -La jeune fille qui est ravie, ruisselante, épanouie sous la pluie est priée de ne pas s'éloigner de la file des parapluies. Merci.

-Qui se souvient de Barbara ? Et puis il y a tellement de Barbara. 

-Je crois que Georges sortait avec une Barbara, dans les années 1950, du côté de Brest.

Il pleuvait sans cesse, et, rue de Siam, c'était un océan de parapluie. 

Soudain, un cri dans la foule : -Barbara.

-Georges sortait avec Barbara. Et tu ne m'a rien dit !

-C'était avant-guerre. Ça a commencé rue de Siam. 

Un chat des villes, d'une voix de ténor déclamait des vers : -Quelle connerie la guerre.

-Et ils se sont revus ?

-Qui ?

-Georges et Barbara

Il pleuvait, le bateau d’Ouessant lança un coup de sirène, puis Barbara embarqua. 

-Quelle connerie la guerre, reprenait en cœur une famille de souris.

-Je crois que la guerre les a séparés. 

-Et Georges...

-Il est mort en avril 1974. Il était gravement malade.

-Et sa femme ?

-Claude, elle a été veuve plus de 30 ans. Elle est morte, je crois en été 2007. 

Le haut-parleur hurla : -Je rappelle à Barbara de regagner immédiatement la file des parapluies. C'est intolérable d'être ravie, épanouie, ruisselante sous la pluie.

Un juron s'échappa d'une fenêtre ouverte : -Tonnerre de Brest !

-Voyons, capitaine, voyons... S'indigna un petit homme à barbichette.

Il pleuvait sans cesse ce jour-là.  

Rue de Siam, sous un porche, une jeune femme donnait le sein à sa petite Barbara.

Des avions s'approchaient, déluge de feu et de sang...

"Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là".



"Barbara" est un poème de Jacques Prévert. On le trouve dans le recueil "Paroles". Il est le squelette de ces variations...
 
Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: En bateau, Lakevio ! (canalblog.com)
kendra baird offering the truth
14 novembre 2016

La luna

 Une Buick Riviera, noire, modèle 1971, roulait silencieusement sur l'autoroute des Titans. Le compteur du coupé indiquait  110KM/H, la vitesse maximale autorisée sur ce tronçon de route mythique. Le pilote de la Buick connaissait bien ce tronçon de route rapide. Il était passé à cet endroit magique par temps de pluie, de vent, de neige, de soleil  et, ce lundi soir de mi-novembre, éclairé par la lune. Une lune bien joufflue. Un communiqué, radiodiffusé tout à l'heure, annonçait une nuit de Super Lune. L'astre, conquis par les hommes en été 69, serait si proche ce lundi, qu'avec la main, on pourrait caresser  les chats lunaires.  La Buick dépassa une 2CV.  Le pilote admirait ce paysage baigné d'une lumière douce. La radio de bord laissait entendre  "La Sonate no 14 en do dièse mineur, opus 27 no 2" de Ludwig van Beethoven. La glace avant, côté chauffeur, était baissée, une étole rouge s'en échappait. La vitesse la faisait virevolter. Une chouette l'adopta comme perchoir. Quand le pilote utilisait l'avertisseur, l'oiseau de nuit hululait. Sur le siège du passager avant était posé un roman de la collection 10/18. Un livre qui semblait avoir été lu et relu. C'est une plume chantante, tarie depuis peu de jours, qui avait écrit ce roman au titre et au contenu inspiré par les acides et les poudres blanches au mitant des années 60.  Son titre, "Les perdants magnifiques".
Le pilote, en route pour un rendez-vous galant, avait déposé une grande enveloppe enrubannée sur le siège arrière. Elle contenait la célèbre recette du lapin à la moutarde  de B. A côté, une caisse de vin d'Asti et, dans un sachet doré, quelques madeleines . 
Le pilote se souvenait avec précision de la scène. "la fille", installée dans le petit salon se maquilla puis mis des pendants d'oreilles. Ils étaient bleus et en forme de grappe de raisin. Il observait la fille depuis le vestibule, à la sauvette. Il aimait sa peau blanche.
-Entre, ne fait pas le timide.
Il s'approcha.
-Sur qu'à part ta mère, tu ne vois personne se maquiller. 
Il rougit. Il aurait voulu être ailleurs. Soudain elle se leva, l'enlaça et ses lèvres s'approchèrent des siennes. Il resta pétrifié puis se laissa aller. Puis la fille le repoussa. Elle mit son index sur la bouche du gamin en signe de silence.
-Pas un mot à Paul. Tu sais comme ton frère est jaloux.
Elle pris son sac à main,saisi ses talons aiguilles et décampa sur la pointe des pieds.
Il resta immobile plusieurs minutes puis sorti en courant.
-Christian, j'ai embrassé une fille, Christian...
Il n'avait pas revu la fille. Son frère s'était tué dans un accident stupide quelques semaines plus tard. Une histoire de jeunes.  
Il avait quinze ans, elle en avait vingt.
La toile virtuelle, mystérieuse, pleine de cachettes, permet, parfois, des faire des rencontres insolites. Ce fut le cas pour le pilote.
La Buick amorçait un long virage avant d'emprunter un imposant viaduc qui se terminait par un tunnel.   
-J'avais 15ans, elle en avait 20. J'ai 65 ans, elle en a 70! C'est une vieille et moi un vioque.
Il éclata de rire. Un rire qui secoua la vallée. 
Les dernières notes de la sonate de Beethoven étaient jouées, la chouette s'envola précipitamment de son perchoir de fortune, le pilote fit un signe de la main à la lune, elle lui fit un clin d'oeil. Il appuya sur l'accélérateur, la 2CV le rattrapait. Le coupé sport disparu, happé par le tunnel. 
Un nuage assombrit le décor. Un lièvre courait à perdre haleine. Une tortue se hâtait. Sur sa carapace on pouvait lire, écrit en lettres rouges: A SUIVRE.
Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com
7 novembre 2016

Brouillon - à mettre net

Le viel Ueli rentrait de promenade. Il regagnait son coin de rue. Aujourd'hui, il n'avait pas effectué son trajet habituel. Personne ne l'avait vu au Colonial. Sa table, près de la porte d'entrée est restée vide. Il avait marché au hasard en marmonnant sans cesse: "500.000, 500.000, c'est trop"

Le viel Ueli aimait son coin de rue. Il ressemble, disait-il dire à un tableau de Spencer Gore, "Cambrian Street" peint en 1913. Il précisait à ses interlocuteurs: "surtout en automne".
Il avait accroché une copie de ce tableau dans son salon. 
Il ne remarqua pas que son coin de rue était, ce lundi de fin d'après-midi, si proche des couleurs de son oeuvre préférée.
Il grommelait en secouant la tête: 500.000, 500.000...
Le vieil Ueli habitait ce coin de rue depuis qu'il avait pris la retraite.
Le fils de son voisin lui avait appris les ficelles de l'ordinateur. Il avait rapidement assimilé les méandres informatiques. Le soir, il allumait ce qu'il appelait "sa machine à écrire" et racontait sa journée ou des souvenirs. 
Ce matin tout avait basculé. Le fils du voisin avait débarqué chez lui, toit excité. Celui que le vieil Ueli appelait affectueusement "Le Freluquet" lui appris que son blog: Un retraité prend la plume, faisait le buzz sur la toile. 
Tu as 500.000 visiteurs par mois, lui souffla le freluquet.
Cette nouvelle bouleversa le viel Ueli. Il pensa que son coin de rue restait conforme à la peinture de Spencer, rien n'avait changé depuis 1913, ou si peu. En revanche , à l'intérieur, ça bouillonnait. On vivait virtuellement.
Le vieil Ueli se gratta la tête. Sa chronique volait bas. 500.000 visiteurs par mois! Quelle foutaise. Il avait une lectrice fidèle. Elle laissait un commentaire au bas de chacun de ses article en signant de deux lettres HB.
Il hésita une fraction de seconde puis il fit in clic sur OK. Il venait de se servir de la fonction: "Supprimer ce blog". Ce fut rapide et définitif. Il respira et se senti libre et léger... 
Nota Bene: le samedi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style. Lakevio, c'est à cette adresse: www.lakevio.canalblog.com

 

24 octobre 2016

Caravane

Nota bene: le vendredi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style.Lakevio, c'est à cette adresse: (ICI)


marion tivital 89

Oeuvre de Marion Tivital



Une ombre passa sur le sol aride. Un vaisseau se posa lentement sur le sol de gravier. Quelques rares végétaux poussaient au milieu du pierrier.
-J'envoie un rapport d'atterrissage? Demanda Tom.
-Pour la forme, répondit en soupirant Neil.
Le vaisseau était une vénérable machine âgée de plus de vingt ans. Les avaries ne se comptaient plus. Les réparations devenaient de plus en plus ardues, faute d'assistance technique et par manque de pièces détachées.
Partis pour une mission de cartographie dans une région située à quatre années lumière de la Terre,
Tom et Neil avaient perdu le contact avec l'orange bleue depuis plusieurs mois. Ils erraient dans l'espace à la recherche de nourriture. Un robot domestique, Triple X, les accompagnait.
L'endroit où ils venaient de se poser semblait habiter.
Sans un mot, l'équipage se prépara pour quitter le véhicule.
- Oxygène 9/10...Sortie possible. Égrena triple X.
Le trio passa le sas d'entrée et marcha lentement en direction d'une caravane. Du linge séchait sur une corde soutenue par trois piquets. Les habits jaunes, blancs ou bleus égayaient le décor grisâtre.
Une silhouette sorti de la maisonnette à roulettes. Elle fit un salut de la main.
-On ne tire que sur mon ordre lança Neil.
-Hello, on m'appelle Jean de la Lune.
Un éclair illumina, une fraction de seconde le décor.
--J'ai dit, On ne tire que sur mon ordre hurla le commandant.
Il ne restait de la silhouette qu'un jpetit harmonica gisant sur le sol.
Un second éclair désagrégea Neil. Tom compris que Triple X ne répondait plus aux ordres. Il couru en zigzaguant, mais il n'échappa pas au troisième éclair.
Une ombre passa sur le sol aride. Le vaisseau s'éloignait lentement, piloté par Triple X.
Une musique s'échappait de la caravane. Un petit transistor, posé sur le lit laissait entendre Mozart. Au-dessus du lit, qui occupait la moitié de l'espace, un tableau était accroché. Cette peinture était devenue mythique lors de sa disparition, il y a plusieurs siècles. On y voit une jeune femme léchant une vitrine. Elle est vêtue de blanc et regarde des bijoux savamment disposé dans la vitrine d'un joaillier. A l'arrière plan, l'esquisse d'une voiture, moyen de transport à l'époque.
Un chaton déboula de dessous la caravane en poursuivant un papillon. Il poussa un miaulement puis le silence s'installa...
Une odeur de café flottait autour de la caravane.

17 octobre 2016

Le télégramme

Nota bene: le vendredi, Lakevio publie sur son blog la reproduction d'une toile, d'un artiste connu ou moins connu. Cette peinture sert de guide pour une création littéraire. Le lundi, Lakevio donne sa version. Dans les commentaires, ceux qui proposent un texte indiquent l'adresse à laquelle leur prose peut être lue. Il est intéressant de lire ces textes, souvent cousins dans la trame mais tous avec leur caractère et leur style.Lakevio, c'est à cette adresse: (ICI)

harry anderson 15

 

The Frick Collection
1 East 70th Street, New York
Tableau intitulé: "Gisèle, Buenos Aires, janvier 1947" embarqué à bord Super Constellation STOP Décollage ce soir de Orly à 20H5 STOP Le colis porte le No23456 STOP Tenez-nous au courant STOP Georges Salles, directeur des Musées de France

Le Super Constellation disparait dans la nuit avec à son bord 11 membres d'équipage et 37 passagers...

Le 28 octobre 1949 vers trois heures du matin l'aéroport de Santa Maria, aux Açores, donne l'alerte. Elle a perdu le contact avec le Paris - New-York...

Cette catastrophe aérienne à fait la une des journaux. 67 ans après, on évoque souvent cette tragédie en y associant un boxeur et une chanteuse.
Le tableau "Gisèle", qui devait être l'oeuvre maîtresse d'une exposition présentée au "The Frick Collection", à New-York, n'a jamais été retrouvé parmi les décombres du Super Constellation. Le tableau représentait Gisèle léchant les vitrine d'un joailler à Buenos Aires. La scène est vue depuis l'intérieur du magasin. En arrière plan, il y a l'amorce d'une voiture noir. Gisèle serait vêtue d'un ensemble bleu. Elle contemple des bagues. Il n'existe aucune photographie de ce tableau devenu, depuis sa disparition, mythique. Il reste peu de gens qui ont vu cette peinture et la mémoire de son image s'étiole...
Les rumeurs les plus folles courent au sujet du modèle qui a incarné Gisèle. Certains disent que se serait Jakie, d'autres prétendent que c'est Maria. Les plus hardis penchent pour Greta ou Marlène...

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>
Rêveries
Rêveries
Newsletter
CINÉMA

- Mais... c'est l'intervention de cette grosse femme... C'est un ptit peu... enfin... ça va très loin.
- C'est là que je me rends compte que malheureusement, je vous ai beaucoup moins bien réussi que le porc.

Pierre et Thérèse.
Le père Noël est une ordure 

 

GUERRE

La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.
Paul Valéry

Archives